Agriculture : comment l’Afrique de l’Ouest s’y prend sur les marchés internationaux

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REPORTAGE. Dans la zone Uemoa, sept pays se sont unis sous un seul label pour conquérir les marchés mondiaux avec des produits phares tels que la mangue.

Agriculture : comment l'Afrique de l'Ouest s'y prend sur les marchés internationaux

L’Afrique ne représente que 2 % du commerce mondial. Pis, les échanges commerciaux interafricains dépassent à peine 10 %. Seule alternative, une approche régionale. C’est le choix qu’a fait l’Alliance régionale Mangue. Cette initiative sénégalaise réunit sept pays de la sous-région regroupés sous le même label. Objectif : conquérir ensemble les marchés internationaux.
Jouer sur la complémentarité des pays

Le Sénégal, premier pays exportateur d’arachide en Chine, en envoie 300 000 tonnes par an. Ce qui semble énorme. Sauf que la demande chinoise est plus importante que la capacité de production nationale. D’où l’idée, pour conserver le marché, de réunir les voisins de la sous-région. Une expérience déjà tentée il y a quelques mois avec un autre produit : la mangue. « Le Sénégal a pris l’initiative, avec l’aide de l’Usad, impliquée dans un projet appelé Trade Africa. L’idée est de réunir les pays producteurs de mangues d’Afrique de l’Ouest. Car nous nous sommes rendu compte que si nous produisions beaucoup de mangues (nous avons même doublé les exportations en trois ans), d’autres pays faisaient la même chose, mais à des périodes différentes. Nous ne sommes donc pas concurrents mais complémentaires », souligne le docteur Malick Diop, directeur général de l’Agence sénégalaise pour la promotion des exportations (Asepex). Selon lui, « regrouper les pays permet d’être plus compétitif et d’imposer [leurs] prix, alors que les importateurs jouaient sur la division pour baisser les tarifs. » Sept pays ont donc été invités à se regrouper de manière à produire de la mangue pendant douze mois et d’avoir des volumes d’exportation beaucoup plus importants.

Des défis identiques

Au dernier conclave du groupe, les représentants de ces huit pays, soit le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée, Guinée Bissau, la Sierre Leone, la Gambie, le Ghana, le Nigeria, ont ratifié, au bout d’une semaine, l’accord qui a donné naissance à l’Alliance régionale Mangue. Preuve que ces pays font face au même défi. Celui de conquérir les marchés internationaux. Sachant que l’Afrique ne représente qu’une faible part dans les échanges commerciaux. À titre de comparaison, plus de 60 % des échanges commerciaux européens se font à l’intérieur de la zone.

Une approche régionale apparaît ainsi comme la meilleure alternative. D’autant qu’elle offre également l’avantage, non négligeable, d’une meilleure maîtrise des prix de vente. « Aujourd’hui, on mise sur le label pour imposer nos prix », indique Malick Diop. Le Sénégal a exporté en 2015 125 000 tonnes de mangues, dont 16 770 tonnes ont été exportées vers l’Europe. Soit un chiffre d’affaires de 20 milliards de francs CFA. Avec l’Alliance, c’est plus de 1,3 million de tonnes de capacité, malgré les pertes post-récolte pouvant atteindre entre 40 % et 50 %.

 © Veronique DURRUTY/Gamma-Rapho via Getty Images

Sur un marché de Dakar, au Sénégal. 

 

Après la mangue, l’anacarde, l’arachide…

Un modèle en passe d’être généralisé dans la sous-région. Pour Malick Diop, « par exemple avec l’arachide. Nous en produisons 300 000 tonnes par an au Sénégal, que nous exportons en Chine, ce qui n’est pas assez compte tenu de la demande. Ce qui veut dire qu’au niveau régional d’autres pays producteurs peuvent se mettre en synergie avec nous pour exporter ensemble vers la Chine. Comme nous l’avons fait au niveau national où nous avons regroupé les producteurs sénégalais qui, jusqu’à présent, exportaient de manière dispersée. Idem pour le poisson. Ce qui rejoint l’un de nos axes stratégiques, l’opérationnalisation de consortia, autrement dit réunir les producteurs d’un même produit pour aller ensemble vers l’exportation. » Et de l’échelle nationale, dupliquer le modèle à l’échelle régionale.

 © AFP/Sia Kambou

Une coopérative agricole de cacao de la région de Guiglo, le 6 octobre 2016.

Surmultiplier les échanges interafricains

L’occasion également de booster les échanges interafricains. « Aujourd’hui, le grand problème qui se pose, expose le directeur, c’est le commerce intra-Afrique qui reste très faible, moins de 15 %. On ne peut pas continuer à avoir un marché aussi important en termes de consommation et si peu d’échanges régionaux. Le Sénégal exporte à hauteur de 42 % en direction de l’Afrique. Notre premier marché sur le ciment que nous produisons est par exemple le Mali, un pays voisin : ce qui induit une baisse des coûts de transport. Il est très important de mettre en place ces structures de coordination pour travailler sur les filières exportatrices. »

En attendant, après la mangue, c’est l’anacarde qui est au centre d’échanges régionaux. La prochaine réunion des acteurs du commerce extérieur régional doit avoir lieu à Abidjan. Et pour la mangue, le travail ne fait que commencer : son siège a été attribué par l’État du Sénégal et fixé à Dakar, et la présidence, tournante, est ouverte par le Sénégalais Cheikh Ngane, dont la première mission est de mener le plaidoyer en direction des autres pays producteurs de mangues d’Afrique de l’Ouest pour qu’ils rejoignent eux aussi l’Alliance.

source:afrique.lepoint

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