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Nous sommes le 6 avril 2006. A la faveur d’une révision constitutionnelle, le multipartisme limité est instauré au Sénégal, par le président Léopold Sédar Senghor. L’ère du parti unique ( UPS- PS ) a fait place à l’avènement de trois autres courants de pensée autorisés que sont: le libéralisme représenté par le PDS de Abdoulaye Wade, le communisme représenté par le Parti Africain pour l’Indépendance ( PAI ) de Majmouth Diop. A cela s’est ajouté un courant conservateur pour le Mouvement Républicain Sénégalais ( MRS ) de Boubacar Diop. Dans le même contexte, le RND ( Rassemblement National Démocratique ) du Pr Cheikh Anta Diop décline l’offre de s’aligner aux courants officiels et les entités de gauche ( PIT) de Amath Dansoko, And- Jef de Landing Savané continuent de se mouvoir dans la clandestinité.
Au mois de décembre 1980, le poète- président rend sa démission et cède le témoin à Abdou Diouf. Au multipartisme limité, ce dernier instaure le multipartisme intégral. Depuis, le Sénégal, dans un exercice de l’application d’un système démocratique à l’occidentale, a vu jaillir de son champ politique, telles des laves volcaniques, une floraison et une multitudes de partis politiques, de manière anachronique, désordonnée, voire anarchique. De ces partis politiques et coalitions, se sont succédé à la tête du pays, les régimes des président Abdoulaye Wade et Macky Sall.
L’exception sénégalaise, c’est que pour un pays de 14 millions d’habitants et dont le corpus électoral dépasse à peine 3 millions de votants, il est dénombré 255 partis politiques. L’on se demande si le Sénégal n’est pas dans le peloton de tête des pays qui comptent le plus de partis politiques au monde.
A dire vrai, seul un peu plus d’une dizaine de partis peuvent être considérés comme des partis populaires et pouvant répondre à certaines normes et critères de légitimité. Sinon, plus de la majeure partie de ces entités sont de petits poucets, des partis politiques ayant juste la taille d’une boite d’allumettes, des partis politiques dénommés “partis yobaléma”, qui n’ont ni siège où on peut les localiser, ni boite postale où l’on peut leur envoyer une correspondance. Loin d’être mû par des préoccupations d’ordre idéologique, c’est souvent un monsieur qui a eu des démêlées avec la direction de son parti d’appartenance, qui claque la porte pour créer “son” parti. C’est aussi un aventurier plein d’états d’âme et de sentiments inavoués qui voudrait se faire un nom, se positionner sur l’échiquier politique pour un strapontin, des privilèges financiers et économiques.
Pour la plupart ainsi, ils n’œuvrent pas pour les intérêts supérieurs de leur communauté, de leur localité ou du pays, mais ils travaillent pour leur compte personnel ou pour le profit de la coalition de l’opposition ou du pouvoir. Au niveau du camp présidentiel, ces partis politiques, bénéficient de “salaires “mensuels ( pour la majeure partie c’est 500.000 francs cfa, pour les plus lourds 5 millions de francs cfa ou plus ) pour les faveurs rendus et le soutien à leur mentor lors des différentes consultations électorales. Ils attendent aussi des nominations et des sucettes, pour des postes de président de conseil d’administration, de maire, de député, de directeur de société, de chargé de mission, de diplomate.
Il faut dire qu’il n’y a pas d’obstacle majeur pour l’obtention d’une autorisation de création d’un parti politique au Sénégal. Avec la loi 66-70 de 1966 qui régit les associations, il suffit de s’acquitter seulement d’une modique somme de 2000 francs représentant le prix des deux timbres fiscaux à apposer sur les pages du statut des partis. Et le tour et joué, pour le responsable du parti qui obtient son récépissé. Pour d’aucuns, cette facilité déconcertante pour avoir son récépissé, est une des raisons qui explique cette floraison de partis “khoûs-mândiap” et de partis ” khourdab” sur l’échiquier politique et qui explique aussi cette pléthore de partis politiques et de coalitions ( 47 ) lors des dernières législatives dernières avec leur lot de désagréments et d’irrégularités, d’amont en aval.
Devant ce qui est pourrait être considéré comme un dysfonctionnement de la réalité démocratique, des réactions n’ont mas manqué de fuser. Il y en a qui ont émané des autorités étatiques compétentes.
Du régime libéral du président Abdoulaye Wade, avec son ministre d’Etat Cheikh Tidiane Sy à celui du président Macky Sall avec ses ministres de l’intérieur Abdoulaye Daouda Diallo et Ali Ngouille Ndiaye, il est posé la problématique de la ” rationalisation ” et ” des financements” des partis politiques.
Il est bien vrai que la limitation, la refonte, la réduction des partis politiques pourraient, avec juste raison, être vues quelque part, comme une entrave à la liberté individuelle et collective de se constituer en association. Cependant, une organisation de l’espace politique, de manière rationnelle, en conformité avec les exigences et les réalités de l’environnement et du cadre dans lesquels évoluent et se meuvent les acteurs politiques, est un heureuse initiative, pour le maintien des équilibres et de la stabilité pour toute la société et pour tout le pays.Toutes les parties y gagnent, y compris la machine électorale qui serait plus huilée et plus transparente, au niveau de tout le processus mis en branle ( des inscriptions sur les listes électorales, au vote le jour du scrutin jusqu’au dépouillement des bulletins et la proclamation des résultats par la commission nationale de recensement ).
Des propositions remarquables ont été ainsi retenues pour cette rationalisation de l’espace politique, par le biais de la mise en vigueur d’un code des partis politiques. Parmi elles, l’organisation d’élections de représentativité qui établissent qu’un parti politique qui n’atteint pas 1% des suffrages exprimés doit être recalé. Selon ce code en conformité avec les directives de l’UEMOA ( Union monétaires des États de l’Afrique de l’ouest ), le parti politique, outre le fait d’avoir une adresse physique, doit impérativement et annuellement livrer ses états financiers. L’idée de limiter l’espace politique à un pôle de droite, de gauche et du centre, de même que le relèvement du timbre fiscal pour l’obtention de l’autorisation et du récépissé pour un montant supérieur par exemple à 1 million de francs cfa, sont aussi avancés.
Dans tous les cas, il urge, dans cette période charnière et à l’orée des prochaines consultations présidentielles et législatives de 2019, de convoquer et de diligenter, les Assises nationales de la classe politique, élargies à la société civile et aux partenaires nationaux et internationaux. Pour remettre les pendules à l’heure et ainsi pouvoir faire l’économie et en même temps renvoyer aux calendes grecques des questions récurrentes et apparement antinomiques, auxquelles s’arcboutent, comme dans un débat de Sisyphe, l’opposition et la majorité présidentielle.

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