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Le marabout cultivait des relations particulières avec ses talibés dont il acceptait les critiques en leur demandant ‘’de ne point le ménager, de lui souligner ses fautes et erreurs’’. Il condamnait ‘’la soumission aveugle du talibé à son maître’’ et disait que ‘’cette attitude passive ne fait qu’aliéner sa liberté de pratiquer la religion comme il se doit’’.

Ce faisant, le talibé, ajoutait t-il, se dévoue totalement à son marabout, ‘’au détriment des préceptes de l’islam’’, rapporte l’auteur qui souligne que son maître trouvait ‘’regrettable de ne pas engager la talibé dans le sentier de la lumière qui conduit l’homme à la droiture, à la responsabilité intellectuelle’’. De ses talibés, il n’attendait pas les rétributions, offrandes et autres donations (hadiya) pour ‘’services rendus’’.

Une anecdote : l’un de ses anciens ayant sollicité ses prières et s’étant vu promu à un haut poste dans l’armée sénégalaise, lui avait remis par un tiers une enveloppe. Quant il se rendit compte du contenu de l’enveloppe (50.000 Francs CFA), ‘‘somme importante à l’époque’’, le marabout piqua une colère et appela ‘’le donateur en question et lui signifia de reprendre tout bonnement la somme et d’aller l’offrir au besoin à ses propres parents qui eux, en ont certainement plus besoin’’.

‘’Une simple créature de mon espèce, lui lança-t-il, ne peut afficher un quelconque prix à une prière exaucée par le Tout-puissant’’. De même, il refusait qu’il lui offre un mouton à l’occasion de la Tabaski, car ‘’pour lui, tout musulman doit acheter licitement son mouton pour en mériter les faveurs attachés au sacrifice d’Abraham’’.

En vérité, écrit l’auteur, son, maître avait élevé très haut le culte du travail et avait fait sien ce hadith du prophète (PSL) : ‘’travaille pour ce monde comme si tu devais vivre éternellement et travailles pour l’au-delà comme si tu devais mourir demain’’.

Des anecdotes sur la vie du marabout le peignent également comme un homme attaché à la nature, aux animaux et qui protégeait l’environnement en prêchant pour le développement durable. Son biographe rapporte les larmes qu’il versait au moment où l’on égorgeait le mouton de Tabaski.

Une autre séquence renseigne à merveille l’attachement d’ El Hadji Abdoulaye Sow aux animaux et particulièrement à son chat : un jour, après avoir piétiné par ‘’mégarde’’ l’animal, il fit appeler un vétérinaire pour les premiers soins et resta toute une journée à demander pardon à Dieu.

Par ailleurs, il pleurait sur le sort des petits poissons jetés sur la rive du fleuve par des pêcheurs ‘’peu soucieux du développement des juvéniles’’. Une réaction d’écologiste puisée dans les thèses du développement durable, pourrait-on dire, qui appelle à une exploitation rationnelle des ressources naturelles pour les générations futures.

Visionnaire, le marabout ‘’avait, selon son disciple, prédit qu’au rythme et de la manière artisanale avec laquelle on pratiquait la pêche locale que d’ici à une décennie, il n’y aurait plus de poissons au fleuve’’.

El Hadji Abdoulaye Sow avait le don de sentir les évènements à venir. Ainsi avait-il, entre autres, prédit la courte durée de la Fédération du Mali, le clash Dia-Senghor et l’incarcération de l’ex- président du Conseil.

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