Dossier Dakaractu : 121 nouveaux députés, Hommes 98 (59,40%), Femmes 67 (40,60%), moyenne d’âge 54 ans Entre freins dorés et sang neuf, l’Assemblée nationale fait sa mue, même si selon les projections des augures, le Président Moustapha Niasse, souvent critiqué sous la 12e Législature, devra rempiler au perchoir. Seule ombre au tableau : le renouveau générationnel n’est pas au rendez-vous, puisque la moyenne d’âge est de 54 ans. On est loin du temps où le Pr. Serigne Diop devenait parlementaire à 25 ans. 121 nouveaux députés, sans Barth’, Thierno Boccoum, Me El Hadj Diouf…

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Sur 65 députés (soit 73.3%) élus au soir du 30 juillet 2017, 121 ne faisaient pas partie de la dernière Législature. A partir d’une première lecture, on peut lier cette cure de jouvence au fait que Benno Bokk Yakaar, la coalition majoritaire au lendemain des Législatives de 2012, a connu plusieurs défections. C’est ainsi que de nombreux ex-députés rewmistes, progressistes proches de Malick Gakou ou socialistes encartés pro-Khalifa Sall ont quitté l’hémicycle. Conséquence, le débat parlementaire sera privé dorénavant de la faconde digne de Robespierre d’un Barthélémy Dias qui, le long de la 12e Législature, a refusé de voter le budget du ministère de la Santé sous prétexte que le montant dégagé, malgré le projet de Couverture maladie universelle, n’était pas conforme aux standards définis par l’Union africaine. Un autre débatteur talentueux à passer à la trappe : Thierno Bocoum de Rewmi, auteur de plusieurs initiatives parlementaires entre 2012 et 2017. Bocoum aurait été victime des calculs politiques froids qui ont présidé à la confection des listes de la méga-coalition Manko Taxawu Senegaal.
L’absence du Pr. Iba Der Thiam, affectueusement surnommé « député du peuple », est également une corde qui manque à l’arc parlementaire. De 1993 à 2017, celui-ci a presque été député, sans discontinuité.

Parmi les 121, il y en a qui ont déjà une expérience parlementaire

Il est utile de préciser que même s’ils n’étaient de la 12e Législature, Néné Marième Kane de Kanel, Alé Lô, Moustapha Guirassy, Seydou Diouf ont déjà une expérience parlementaire antérieure à l’accession de Macky Sall au pouvoir.
Nous devons à la vérité de souligner que la vieillesse et la longévité sont, sous certains rapports, moins des défauts que des qualités, puisque la Législature précédente, véritable foire d’empoigne, a beaucoup souffert du manque d’expérience parlementaire de nombreux députés.

Abdallah Dionne, Amadou Ba, Wade, Khalifa Sall…
Ces députés qui risquent de ne pas siéger à l’hémicycle

En outre, soucieux d’élargir les tentacules de l’Alliance pour la République, le Président Macky Sall a débauché de nombreux pontes du régime de Me Abdoulaye Wade et caporalisé, politiquement s’entend, des personnalités inconnues, jusqu’en 2012, du landernau politique. A cet égard, Amadou Ba est le visage de ce type nouveau d’homme politique ayant quitté les coursives de la technocratie pour renforcer les bases de l’Apr. Toutefois, l’on s’attend à ce que le ministre de l’Economie et des Finances, qui à l’image de Me Abdoulaye Wade était investi pour des raisons tactiques, ne siège pas à l’Assemblée nationale. Itou pour la mairesse de Kaolack Mariama Sarr. Sur ce registre toujours, on peut citer le maire de Dakar Khalifa Sall dont la qualité de député charrie un passionnant débat juridique du fait de son emprisonnement et de la vague politique que son embastillement a soulevée. Parlant toujours des cumuls de postes, l’on peut évoquer les exemples des directeurs généraux du COUD et de la Poste Cheikh Oumar Hann et Siré Dia.

La parité relativement respectée

Par rapport à la période préexistant au vote de loi sur la Parité, cette nouvelle Législature compte un nombre important de dames dans un contexte où la question de la promotion féminine occupe une place de choix dans les politiques publiques. 67 femmes (soit 40,60%), siègeront à l’Assemblée nationale contre 98 hommes (59,40 %). Des dames, qui ont du caractère et de la témérité à revendre, comme Me Aïssata Tall Sall, Mme Aïda Mbodj, Mme Sokhna Dieng Mbacké, capitaliseront sur leur expérience ou ministérielle ou parlementaire pour prendre en charge d’importantes questions ayant trait à la vie de la nation.

Wade est député à 91 ans, alors qu’en 1978, il avait fait élire Serigne Diop député à 25 ans

Les statistiques révèlent que même si la 13e Législature compte 121 nouveaux députés, la moyenne d’âge ne milite pas en faveur d’un renouveau générationnel. 122 députés, soit 74 %, ont plus de 50 ans. Seuls 43 députés, soit 26 %, ont moins de 50 ans. 7,9 % des députés ont moins de 40 ans. Une prouesse digne de Guinness Record, à l’actif du Président Wade, a été réalisée. Celui-ci est député à 91 ans. Suprême paradoxe, en 1978, le leader sopiste avait fait élire le Pr. Serigne Diop député à l’âge de 25 ans. En 1998, Modou Diagne Fada, élu sur les listes du Parti démocratique sénégalais, n’avait pas 30 ans. C’est le cas de Aliou Sow, en 2001, qui est devenu parlementaire durant ses années estudiantines. Le benjamin de cette nouvelle Législature est Aminata Diao de Vélingara, qui est âgée de 32 ans.

Gadio, Mamadou Lamine Diallo, Guirassy et Ousmane Sonko : pour jeter du pétrole sur le feu des débats

La découverte au Sénégal de ressources naturelles a, dans un passé récent, suscité un âpre duel d’arguments entre Benno Bokk Yakaar et l’opposition. L’inspecteur des impôts et domaines Ousmane Sonko doit, en partie, sa renommée à son engagement pour davantage de transparence dans la gestion de la manne pétro-gazière. Une fois dans l’hémicycle, ce dernier va, à coup sûr, proposer une réforme du Code y afférent (Loi 1998-05), dont on dit qu’il fait la part belle aux multinationales étrangères et qui date du régime du Président Abdou Diouf.
La problématique de la gestion des ressources naturelles ayant une corrélation directe avec la question du terrorisme, il est attendu de l’ancien ministre des Affaires étrangères sous Wade qu’il mette sa haute maîtrise des enjeux géostratégiques internationaux au service du débat parlementaire.
Originaire de la région de Kédougou, réputée par son important potentiel minier, Moustapha Guirassy aura, par sa présence à l’Assemblée nationale, une tribune institutionnelle pour porter le combat des populations de cette partie du Sénégal présentée comme un « scandale géologique » qui n’a pas beaucoup profité aux autochtones.
Mamadou Lamine Diallo de Tekki, déjà à la pointe du combat contre le directeur général du Port Autonome de Dakar durant la 12e Législature, relativement à l’affaire Necotrans, pourra approfondir la réflexion sur plusieurs questions à incidences économiques et financières.
Des profils comme Ibrahima Abu Nguette de l’Ipd, le polytechnicien Déthié Fall de Rewmi et Théodore Chérif Monteil, ingénieur chimiste de formation, ayant une longue expérience de l’industrie alimentaire, font aussi partie de ceux sur qui misent les électeurs pour relever le niveau des débats.

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