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« Fonkal sa ndey ta wek sa baay, di wax lu baax si koo xamoul »

Aladji Modou Ndieguene ’’Borome Piliane bi[1] ’’

Descendant temporel et spirituel de la lumière Mohammadienne, El Hadji Amadou Sakhir Ndieguene (rta) plus connu sous le nom de Mame Aladji ’’Boroom Piliyane bi’’ est né vers 1890 à Thiès. Il est fils du savant effacé et détourné, le vénéré Tafsir El Hadji Ahmadou Barro (rta) Ndieguene fondateur du quartier de Keur Mame El Hadji (Thiès, Sénégal). Il est d’une mère humble et digne de référence pour toutes les épouses actuelles de ce bas monde. La très respectée Sokhna Aminata Faye est originaire du village de Yoff du Sénégal. Ses épouses, aussi valeureuses les unes que les autres, étaient des femmes pieuses, dévouées et patientes. Mame Aladji avait comme épouses sokhna Aminata Diba, sokhna Aminata Dia, sokhna Marème Diop et Sokhna Bineta Faye. Mame Aladji, fils ainé de Tafsir Ahmadou Barro Ndieguene, deviendra en 1936 khalife de ce dernier à l’âge de 46 ans et ce jusqu’en 1997 date de sa triste disparition. Sa crainte envers le Majestueux (swt) est inébranlable, son amour envers l’Élu (psl) est inégalable et son marabout et ami, celui qui fut initié à l’âge de 46 ans par celui qui est digne de louange (psl) est son repère.

Comme ses frères et sœurs, c’est son vénérable père qui amorça son éducation religieuse et spirituelle dès son plus jeune âge. Et puis, par analogie avec le grand pôle Cheikh Ahmed Tidjâne Cherif (rta), cette éducation se basa sur l’acquisition continuelle de la connaissance exotérique et ésotérique pour les dépasser en crainte (at-taqhwâ) et en amour (al mahabba) pour le Très Haut (swt). Par la suite, il complétera son éducation auprès de très grands savants soufis et à travers différents endroits du Sénégal connus pour leurs enseignements de haute facture. Ainsi il séjourna principalement au village de Thiakh situé dans l’arrondissement de Ndindi (région de Diourbel, Sénégal) auprès de son marabout Cheikh El Hadji Birane Niang. Mame Aladji devint très rapidement une personne ressource de haute facture indispensable à l’école coranique et un responsable attitré sur le plan spirituel et moral. Comme son père Tafsir Ahmadou Barro, il deviendra l’autorité principale de l’école coranique principale du village de Thiakh après la disparition de son marabout reflétant la dimension du saint homme. Au retour de son périple épique, la famille ainsi que les autres chefs religieux les plus connus du Sénégal reconnurent en lui un homme de Dieu aux dimensions exceptionnelles, un savant de l’espace et du temps, un des dignes successeurs du soufisme authentique.

Disons-le ici et maintenant ! Nous sommes bien conscients qu’écrire sur un saint homme aussi multidimensionnel ne saurait être un exercice aisé pour la plupart des gens encore moins pour un insignifiant et très limité disciple. Seulement, par devoir, nous nous accordons la modeste prétention de relater une infime partie de son œuvre en nous basant sur des récits de vie et des témoignages recueillis auprès des membres de la famille Ndieguene de Thiès, de parents, de distingués fidèles et aussi sur de la documentation disponible dans les médias. Sa vie et son œuvre nous rappelle les grandes heures de gloire du soufisme authentique sous des signes de rassemblement et de sagesse dont l’humanité et plus particulièrement la jeunesse doit s’inspirer.

Mame Aladji : l’incarnation du soufisme authentique,

Pour le commun des mortels, il suffit juste de porter son regard sur le saint homme assis sur sa célèbre chaise en bois pliable ’’Piliyane’’ pour avoir une idée de ce qu’est un ascète complétement détourné, effacé et dévoué envers le Tout Puissant (swt). Toujours tout vêtu humblement, Mame Aladji avait pour crédo le savoir, le travail et l’adoration sans faille du Très Haut (swt). S’il le souhaitait, il pouvait avoir tout le luxe du monde ainsi qu’une célébrité totale qui n’était évidemment pas compatible avec son engagement spirituel et religieux. Son célèbre ’’Piliyan’’, qui faisait office de siège, symbolisait à lui seul un signe authentique soufi parmi tant d’autres apparents qui caractérisaient Mame Aladji. En effet, une des étymologies du mot soufisme ou at-tassawùf est ahl as-soufa qui signifie les gens du banc en faisant allusion aux gens qui vivaient dans la mosquée de la Lumière (psl) de son vivant. Ces soufis avaient atteint le stade suprême, à savoir le renoncement et le désintéressement de tous ceux qui les éloignent du Tout Miséricordieux (swt). D’ailleurs, le livre saint fait allusion aux ahl as-Soufa en insistant sur la nécessité pour les croyants à se maintenir dans un état permanent de zhikr, le souvenir du Seigneur (swt) avec la bouche, dans l’esprit, et à travers le cœur [S18V28].

Pour tout dire, le soufisme désigne à travers l’ascétisme, l’amour, la sagesse, le dhikr permanent, l’auto-purification permanente et totale du cœur et du nafs, l’état d’excellence ou de perfectionnement (al ihsàn) sur tous les plans dans la voie de l’islam. D’après la sunna, al ihsàn fait partie, avec l’islam et l’ìmàn, des trois composantes essentielles de la religion musulmane comme nous pouvons l’apprendre dans le hadith de Jibril (hs), celui considéré comme la mère des hadiths et rapporté par Omar ibn al-khattab (rta) et cité par ailleurs dans les 40 hadiths de l’imam An-nawawi. L’imam Al-Ghazâlî dit à propos du soufisme dans son livre Munqîdh min al-dalâl (la délivrance de l’erreur) : « J’ai su avec certitude que les Soufis sont ceux qui cheminent sur la voie d’Allah (swt), que leur conduite est la plus parfaite, que leur voie est la plus sûre et la plus droite, et que leur caractère est le plus pur. Je dirais même plus même si l’on additionne l’intelligence des hommes, la sagesse des sages et la science des savants avertis des secrets de la loi religieuse pour pouvoir réformer la conduite des Soufis, ou même l’améliorer, on n’y arriverait pas. Car tout dans leur mouvement ou leur immobilité, extérieurement et intérieurement, est puisé dans la lumière de la niche de la prophétie. [2]»

Il n’y a pas meilleure récompense que de connaitre le Seigneur (swt) et d’être en symbiose avec son modèle le Prophète (psl) et son ami Cheikh Ahmed Tidjâne Cherif (rta). Nous sommes très insignifiants pour comprendre ou connaître toutes les dimensions du saint homme mais dans sa quête mystique à travers le soufisme, Mame Aladji a sans nul doute atteint les degrés les plus élevés et acquis les secrets les plus enfouis du monde islamique. Quel que soit le statut ou les faveurs de l’invité qui venait lui rendre visite, la quintessence de son discours se résumait en ces mots: « je conseille à tout homme, quel que soit son rang et sa dimension, de ne jamais mettre les pieds dans la hadara de Tafsir Ahmadou Barro Ndieguene sauf s’il veut entendre la vérité divine. » Il répétait également aux invités que: « l’homme doit craindre et adorer le Seigneur (swt) à travers la prière, le jeûne, l’aumône, le pèlerinage si possible et entretenir le bon voisinage à tout instant s’il ne veut pas courir à sa perte ». Ainsi, l’une des marques indélébiles des soufis authentiques est la crainte suprême envers le Maître du Trône (swt). Le saint homme avait atteint ce degré ultime de crainte prouvant son authenticité dans le courant du soufisme. Il avait pour mission de continuer avec l’aide de ses frères, sœurs, dignitaires et disciples la mission noble de son père qui consistait à la pérennisation de l’Islam à Thiès et dans le monde. Pour mener à bien cette mission, Mame Aladji, s’était armé de la grande sagesse des soufis avec les vertus des grands rassembleurs.

Mame Aladji : le rassembleur

Jouant à la fois le rôle de khalife, de marabout, de père, de grand père, de grand frère et de chef de famille, Mame Aladji a su trouver l’équilibre parfait pour réussir sa noble mission et pérenniser ainsi le legs de ses aïeuls. Ses frères et sœurs le considéraient comme un père, un marabout et un modèle à suivre avant tout. En retour, le saint homme ne prenait jamais de décision concernant la famille ou les acuités sociales sans les consulter, reflétant ainsi une symbiose parfaite au sein de la famille Ndieguene de Thiès. Vous l’aurez compris, son modèle sociétal très démocratique était bien évidement basé sur les actions enseignées par le Livre saint ainsi que la Sunna à travers l’union des forces. L’une de ses célèbres phrases que nous reprenons de manière laconique était: « rassemblez un tas de brins d’herbe, il sera difficile de le casser. Par contre un brin en dehors du tas sera facile à casser ». L’unicité qui fait défaut actuellement dans le monde musulman est pourtant une des clés de réussite du modèle parfait, le prophète (psl) comme le lui a enseigné l’Unique (swt) [S3V103]. Une société saine et forte doit travailler pour un objectif commun à travers l’entraide et l’unicité. Ce signe rassembleur reflète en lui seul la sagesse, la modestie et l’ouverture du saint homme Mame Aladji ’’Boroom Piliyane bi’’.

Afin de rendre harmonieux le tissu familial, Mame Aladji assignait à chaque journée ou à chaque semaine des tâches spécifiques aux membres de la famille, plus particulièrement à ses frères et sœurs. Les membres de la famille Ndieguene ainsi que les disciples connaissent la célèbre phrase du lucide et courageux Mame Cheikhou Omar Ndieguene Ibn Tafsir Ahmadou Barro qui disait « Nous les frères de Mame Aladji, nous avons pour but ultime d’aider notre marabout, notre père et notre grand frère Aladji Modou pour le succès de sa noble mission qui, par ricochet est la nôtre. Alors, celle ou celui qui veut le nuire, devra d’abord passer par nous ses frères et sœurs». Avant toute chose, il faut dire que ses frères et sœurs connaissaient parfaitement la dimension du sein homme auprès du Protecteur (swt). N’est-ce pas le signe d’une adhésion et d’une cohésion parfaite pour une cause commune, c’est à dire contribuer à l’élaboration d’une société unie, digne, savante et travailleuse tout en appliquant les valeurs inculquées par le coran et la sunna? Ces normes de même que ces valeurs sociétales sont toujours d’actualité au quartier keur Mame El hadji de Thiès où les gens vivent en communauté et s’entraident dans les moments les plus difficiles.

Au plan national, il a eu des relations étroites avec tous les grands érudits soufis les plus connus du Sénégal. Ces relations ont bien très certainement pris fondement à l’époque de son père. Ainsi son marabout Thierno Mountaga Daha Tall Ibn El Hadji Omar Tall (rta) qui l’initia à la confrérie Tidiane, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacke (rta), Seydi Hadji Malick Sy (rta) et Cheikh Abdoulaye Niass (rta) et bien tant d’autres, ont de tout le temps et jusqu’à aujourd’hui entretenu des relations affectueuses avec la famille Ndieguene. Par ailleurs, ces érudits ont constaté et approuvé les dimensions exceptionnelles de Mame Aladji dès son plus jeune âge. Ils ont tous formulé des douas envers ’’Boroom Piliyane bi’’ fondant en lui un espoir sans précédent pour le futur de l’Islam au Sénégal et au-delà.

Rappelons que les relations entre la famille Tall et la famille Ndieguene remontent au début du XIXème siècle quand le savant, le panafricaniste, le guerrier, le successeur de Cheikh Ahmed Tidjâne Cherif, El Hadji Omar Tall (rta) avait transmis directement le wird tidjâne à Mame Medoune Ndieguene (rta) qui est le grand père de Mame Aladji. El Hadji Omar désigna directement Mame Medoune Ndieguene Moukhaddam de la tarîkha tidjânî après avoir testé ses connaissances exotériques et ésotériques. Du côté de Tivaouane, ces relations ont continué avec l’un des plus grands savants de son époque, pour le nommer, Seydi Ababacar Sy Ibn Mame Maodo (rta) ainsi que ses autres successeurs. D’ailleurs, lors de la cérémonie de présentation de condoléances suite à la disparition de Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Maktoum (rta), le khalife de Tivaouane actuel, serigne Abdou Aziz Sy Al amîn, en a profité pour rappeler les relations étroites qui existent entre la famille Ndieguene de Thiès et Sy de Tivaouane en présence du khalife El Hadji Mounirou Ndieguene Ibn Mame Aladji “sunu chance”. Serigne Abdou, Al amine relevait ainsi: « De tous les chefs religieux les plus connus du Sénégal, le jour du rappel à Dieu (swt) de Seydi Ababacar Sy Ibn Mame Maodo, Mame Aladji était le premier arrivé sur les lieux prouvant son attachement et son amour à la noble famille Sy de Tivaouane ». Que dire de la relation avec la famille de l’érudit Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké qui a formulé des douas de hautes factures à l’endroit de Mame Aladji lors d’une de ses passages dans la ville de Thiès durant lequel il s’était entretenu avec Tafsir Ahmadou Barro Ndieguene. Depuis belle lurette, le mouton de tabaski qui est immolé durant la fête de l’Aid el kebir à la grande mosquée de keur Mame Aladji est fourni par les khalifs de Serigne Touba Mbacké, signe d’une relation et d’une amitié durable. Sincères et durables ont été aussi les multiples relations nouées avec les autres familles religieuses et avec les chefs coutumiers et autres dignitaires du Sénégal.

Bref, une société forte et saine doit s’inspirer de conseils et d’actes posés par des hommes de Dieu comme El Hadji Mouhamed Sakhir Ndieguene dit Mame Aladji ’’Boroom Piliyane bi’’ afin de bâtir sur le plan spirituel et temporel pour l’ensemble de ses composantes un devenir salvateur solide et concret.

Puisse le Rassembleur (swt) (Al Jâmi) nous accorder la sagesse, l’esprit rassembleur et le renoncement (az-zuhd) dont bénéficient les soufis authentiques. Puisse celui qui est supérieur à toutes ses créatures (swt) nous épargner de la corruption, de la futilité, de l’orgueil et de la vanité.

[1] Adore ta mère, vénère ton père, et traite bien un étranger.

² Al-munqid min ad-dalāl, Muḥammad ibn Muḥammad Abū Ḥāmid al- Ġazālī, Éditions Al Bouraq, 2013, 161 pages

Votre insignifiant disciple,

Dr Assane Ndieguene Ibn Aziz Ibn Mame Wahab,

Chercheur en physique et en microélectronique

Sherbrooke, Qc-Canada,

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