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Celui qui vient d’être inculpé pour abus de biens sociaux et augmentation illégale de capital reste un mystère et un homme décrié pour ses méthodes dans les affaires.

Aux origines du bras de fer entre Kabirou Mbodje et ses associés, un jeu de dupes qui a mal tourné. L’actionnariat de Wari est très complexe, difficile à comprendre, donc inutile de revenir sur un feuilleton qui anime le tribunal de Dakar car, même les juges semblent s’y perdre si on s’en limite aux nombreuses tournures prises par le dossier dans les méandres de la justice sénégalaise.

Même en haut lieu, la personnalité de Kabirou Mbodje suscite beaucoup de prudence. «Les autorités sénégalaises ont beaucoup hésité à valider la transaction entre lui et Tigo. L’Etat voulait savoir davantage les contours de cette opération. Les autorités ont beaucoup réfléchi », renseigne une source proche du dossier. «Mais il a été finalement reçu par le Président Macky Sall, aidé en cela par un proche du Chef de l’Etat, par patriotisme».

Il faut dire qu’il a attendu avec beaucoup d’impatience ce rendez-vous. «Quel que soit le pays, quand vous faites l’acquisition d’une compagnie de cette nature, vous avez besoin de la bénédiction des autorités, Mbodjele savait et c’était important pour lui de rencontrer le Président Macky Sall pour lui expliquer sa démarche». Il est sorti satisfait de ce rendez-vous et depuis, il sait que le Chef de l’Etat, en grand patriote, ne va pas s’opposer au développement de son projet.

N’empêche, dans les allées du pouvoir, le dossier Wari suscite toujours une certaine méfiance. Les méthodes décriées de l’homme par ses anciens partenaires et associés ont fait mal jusqu’à des niveaux
insoupçonnés. Chez les fonctionnaires du Trésor et des Impôts, c’est également un dossier surveillé depuis que la compagnie a eu un redressement fiscal. Il y a trois ans, les Impôts ont demandé au groupe Wari de payer la somme de 20 milliards, somme principale et pénalités comprises.

«C’est ce redressement fiscal qui a poussé le groupe a délocalisé son siège officiel et fiscal à Lomé, même si Wari le dément ». Ce départ de Dakar a été perçu dans beaucoup de milieux comme une façon de se mettre à l’abri. «A Dakar, Wari est devenu un centre d’intérêt de plusieurs groupuscules et il y a plusieurs dossiers judiciaires contre le groupe à Dakar, Lomé paraît plus tranquille ».

Officiellement, Wari explique s’être déployé dans la capitale togolaise parce que c’est «un hub financier majeur en Afrique de l’Ouest, où sont établis les bureaux et sièges administratifs de plusieurs groupes Panafricains, dont celui du Groupe Wari», les services de Kabirou Mbodj soulignent que «l’ambition de Wari est de construire un Groupe de référence panafricain et international. Ses activités couvrent 60 pays, dont plusieurs accueillent les bureaux ou représentations Wari».

Dans la capitale togolaise, le patron de Wari est en train de finaliser le rachat d’une nouvelle banque, la SIAB, malgré la forte réticence des autorités de la banque centrale. «C’est un dossier complexe car racheter une banque dans la zone UEMOA est une opération difficile et la personnalité du futur actionnaire compte beaucoup dans la décision des membres de la commission bancaire, au-delà des aspects financiers».

On prête à Mbodje des relations avec le riche milliardaire togolais, Gervais Koffi Djondo, cet ancien proche d’Eyadema, fondateur d’Ecobank et de la compagnie Asky. «C’est un fantasme», répond un proche de Kabirou Mbodj.

En l’absence d’informations sur le rachat de Tigo, mille informations circulent à Dakar. «Mais il est clair qu’il n’a pas mis d’argent propre». Sur la place financière de la capitale, c’est encore le mystère sur les détails du deal financier qui a permis à Mbodj, à la surprise générale, de s’emparer de Tigo. Selon nos informations, il est très proche du banquier, Mamadou Diagna Ndiaye. Ce dernier lui aurait d’ailleurs beaucoup conseillé dans ses dernières opérations.

Reste que le personnage de Kabirou Mbodj a fini de faire beaucoup de jaloux dans le milieu même des hommes d’affaires. «C’est un homme qui est en train de prendre sa revanche. Il a échoué pendant longtemps dans beaucoup d’affaires. La famille Sow, propriétaire de l’immeuble SDIH, l’avait sorti de son siège, il y a quelques années parce qu’il avait des loyers impayés. Si un homme comme ça arrive à se relever quelques années plus tard, il peut susciter chez certains compatriotes une haine viscérale». D’ailleurs, en privé, l’homme d’affaires ne cesserait de se plaindre des coups qui lui ont été portés. «Il est persuadé que derrière les attaques qu’il subit de toutes parts, il y a des mains invisibles».

Souvent entre deux avions, cet homme occupé, est très peu mondain. Une de ses dernières apparitions publiques, c’était lors de la levée du corps de la mère de Samuel Sarr, qui est un de ses amis. «C’est un homme réservé», lance un de ses proches. Ses anciens associés ont juré d’avoir sa peau, le décrivant comme un homme qui a spolié leurs biens.

Le dossier Wari garde encore bien des mystères, car l’homme soigne tout. Jusqu’à sa communication. A un moment donné, il a donné de la publicité à certains médias en leur demandant de signer un protocole qui stipule que ces derniers ne vont pas s’attaquer à son image et à celle de sa société. «C’est un homme ordonné. Avant toute interview, il demande le protocole, il pèse chaque phrase qu’il dit».

Source Le soir

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