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Pour draguer l’électorat, le candidat de la coalition Benno Bokk Yaakaar ne ménage ni son énergie ni ses promesses. Elu président de la République, Macky Sall, droit dans ses bottes, tient à les tenir. Et s’étonne même que certains l’interpellent sur sa détermination à les mettre en musique. A l’épreuve du pouvoir, il renie, les uns après les autres, ses engagements de campagne.

«Je proposerai une réforme constitutionnelle visant, entre autres, à ramener la durée du mandat du président de la République à cinq ans renouvelable une seule fois». La profession de foi du candidat de l’Alliance pour la République en a convaincu plus d’un. Macky Sall précise qu’il s’appliquera cette disposition constitutionnelle.

«Je m’appliquerai cette réforme, ça veut dire que si je suis élu, je m’engage à n’exercer qu’un mandat de cinq ans. Cette réforme qui limitera le nombre de mandats à deux et la durée à cinq ne fera plus l’objet de modification», ajoute-t-il. Courant 2015, la promesse est diluée. Elle est désormais conditionnée à l’onction des juges du Conseil constitutionnel qui devront dire si oui ou non le Président Sall peut matérialiser l’engagement du candidat Macky. La réponse est presqu’évidente.

Les 5 sages de l’époque, gardiens de l’orthodoxie, ne pouvaient, naturellement, cautionner que l’on rature le texte de la Constitution sous le prétexte de respecter une promesse électorale. Début février 2015, le Conseil constitutionnel rend son avis qui, selon Ismaïla Madior Fall, ministre-conseiller en charge des questions juridiques, lie le président de la République.

L’avis qui a toutes les allures d’une décision, interdit au Président Sall de toucher à la Constitution mais lui permet de saisir le peuple par référendum pour ce qui est de la durée et de la limitation des mandats. Le reste est un jeu d’enfants. Ainsi, sans coup férir, Macky enterre son engagement à réduire le mandat de 7 à 5 ans et à se l’appliquer à lui-même.

Il bat le record de Wade

Candidat, Macky Sall promet de réduire la taille du gouvernement à 25 ministres. Sous Abdoul Mbaye 1, la promesse est tenue. Macky bombe le torse et a de quoi pavoiser devant ses autres pairs africains. «J’ai trouvé un gouvernement composé de 38 ministres en arrivant, et je l’ai ramené à 25. C’est désormais l’un des plus réduits d’Afrique», déclare-t-il dans les colonnes de Jeune Afrique. L’engagement ne dure que le temps d’une rose. Il tient 6 mois. Le 29 octobre 2012, la composition du gouvernement est retouchée.

Le nombre de ministres passe de 25 à 30. En septembre 2013, Aminata Touré arrive avec 32 ministres. Puis, il gonfle à 33. Comme si cela ne suffisait pas, le Président leur adjoint sept secrétaires d’Etat. Les ministres-conseillers et autres conseillers spéciaux à la Présidence de la République, il en nomme presque tous les jours. Au dernier relifting gouvernemental intervenu la semaine dernière, 39 ministres sont nommés. Macky bat le record de Wade qui, en quittant, en avait 38.

Quid du fameux slogan «La patrie avant le parti» ? Il est resté à l’état de réclame conçue plus pour orner des discours que pour donner corps à une vision chevillée sur des principes. Pis, la famille passe même avant le parti et la patrie. Dans un premier temps, elle est écartée de la gestion du pouvoir. La Première Dame voit son cabinet supprimé.

Son rôle est réduit au strict protocolaire. Mais, c’était sans compter avec la conception jouissive du pouvoir sous les tropiques. Au deuxième gouvernement d’Abdoul Mbaye, Mansour Faye, frère de Marième Faye Sall, intègre le gouvernement. La course à la soupe est donnée. N’ayant aucune chance d’intégrer le gouvernement, le frère, Aliou Sall, s’initie à la gestion des collectivités locales. Non pas à Fatick, mais à Guédiawaye où personne ne lui connaissait d’attache antérieure.

Qu’à cela ne tienne ! Avec l’aura du frère, l’ancien journaliste qui a fait des piges à Walf et à Info7 s’impose comme maire de cette turbulente ville de la banlieue. Et, à ce titre, devient le Président de l’Association des maires du Sénégal. L’appétit venant en mangeant, il tente de prendre le contrôle de l’Union des associations d’élus locaux (Uael). Cette fois, la coupe est pleine.

Et c’est des entrailles de la mouvance présidentielle que fusent les résistances. Malick Mbaye du Mouvement Gëm sa bopp lui plante une banderille qui fera reculer Aliou Sall. Dans sa reculade, le «frère de…» tombe dans le pétrole. Et s’allie avec Franck Timis. L’affaire fait grand bruit. L’opposition en fait son cheval de bataille. La suite se passerait de commentaires.

La famille avant tout

Dans l’antichambre du pouvoir, Aliou Sall fourbit ses armes. Il pose sa candidature pour l’investiture aux législatives de 2017. Du grain à moudre pour l’opposition qui soupçonne que, une fois élu député, Aliou veuille briguer la Présidence de l’Assemblée et s’imposer comme le dauphin constitutionnel du chef de l’Etat. Son frère de Président l’en dissuade. Il renonce puis revient. Le malaise est à son paroxysme à l’Apr où, entre camarades, on se tire dessus à balles réelles.

Aliou Sall, épaulé par Yakham Mbaye, ouvre le feu contre les «fêlons», «cafards» et autres «faucons» du Palais. Mais, finit par abdiquer. Mais, c’était reculer pour mieux sauter. Visiblement, c’était en contrepartie de ce décret de nomination dont Macky Sall avait fait serment de ne jamais lui faire bénéficier et qui, depuis lundi, met la République sens dessus dessous.

Epinglés mais pas inquiétés

Le 3 avril 2012, le ton solennel, la mine grave, le président Macky Sall menace : «A tous ceux qui assument une part de responsabilité dans la gestion des deniers publics, je tiens à préciser que je ne protègerai personne. Je dis bien personne.» Joignant l’acte à la parole, Macky bétonne son dispositif anti-corruption. Parallèlement à la Crei, réactivée exprès pour fouiner la gestion du régime défait, l’Ofnac est mis en place pour traquer les actes de mal gouvernance des actuels dirigeants.

Macky s’y engage fermement. Sauf que, à l’épreuve des faits, la promesse tient difficilement. Mis en cause par des rapports de l’Ige, de la Cour des comptes ou de l’Ofnac, des «camarades» continuent de squatter les allées du pouvoir s’ils ne sont pas tout simplement promus. Les transhumants, suspectés de malversation, sont passés à la blanchisseuse.

A l’heure du bilan qui sera tiré en 2019, au moment où sera prononcée l’oraison funèbre du mandat finissant, elles seront donc nombreuses les promesses présidentielles à se retrouver au cimetière.

Ibrahima ANNE (Walf Quotidien)

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