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Finalement, Khalifa Sall fera face, le 3 janvier prochain, au juge du tribunal correctionnel de Dakar. Il est poursuivi pour les délits d’« association de malfaiteurs », de « détournement de deniers publics et escroquerie portant sur les deniers publics », de « faux et usage de faux dans des documents administratifs », de « blanchiment de capitaux » et de « complicité de faux et usage de faux en écriture de commerce ».

Il y a du Kafka dans cette histoire. Parfois, la vie peut être cauchemardesque et absurde. Voici un homme, qui se voyait certainement au Palais de l’avenue Roume, héritier de Senghor, de Wade, de Diouf, de Sall, et qui finit par devenir un locataire de la Maison d’arrêt et de correction de Rebeuss.

Jamais depuis l’indépendance de notre pays, le maire de la capitale n’avait subi un sort aussi cruel. Mais ce n’est pas seulement l’image d’un homme qui est écornée. Le procès de Khalifa Sall est un moment historique de la République, qui restera dans les annales comme l’un des temps forts de la lutte pour la conquête du pouvoir au Sénégal. C’est certes un moment de crispations politiques, mais aussi d’affaissement de la morale et des principes démocratiques.

Khalifa Sall était le plus sérieux outsider de Macky Sall. Il avait réussi, en 2014, à consolider sa mainmise sur Dakar. Il devait être le candidat naturel du Parti socialiste à l’élection présidentielle de 2019. Son élan a été brisé net par cette sordide affaire de la Caisse d’avance de la mairie de Dakar. Du triomphe à la faillite. De l’espoir à l’effroi. Il faut dire que les cloisons, en politique, sont parfois amovibles entre la gloire et la déchéance. Ça l’est encore plus au Sénégal où la même caste se retrouve au pouvoir et dans l’opposition significative. Peut-être qu’il sortira blanchi dans cette affaire mais les griefs à son encontre ne manquent pas. Au moins, du point de vue de l’éthique.

Les icônes douteuses. Khalifa Sall n’est pas un « objet politique non identifié ». Il est l’incarnation de cette classe dirigeante, sans idées, sans vision du monde. Ces hommes et ces femmes repus, produits du système, qui étouffent ce pays et ses citoyens. Qui complotent contre le peuple. Au lieu de répondre à ses aspirations profondes et de lui permettre de s’épanouir sur les fondements solides de Justice, d’égalité des chances, d’éducation pour tous, de santé pour tous. Il est là, depuis le temps de Diouf. Cela fait longtemps déjà et il ne portera jamais le changement, dans le bon sens, au service des masses déshéritées et de l’intérêt général.

Ce n’est pas parce que Khalifa Sall a entamé son chemin de croix que nous devons effacer de notre mémoire sa vraie nature. Khalifa Sall proclame son souci de la vérité et du bien public, mais il n’a jamais nié l’existence de la Caisse d’avance qui lui servait de fonds politique. En cela, sa ligne de défense ne tient pas devant l’autorité de la conscience. Il incarne la nature historique de la classe politique dirigeante au Sénégal. Cette élite, qui avec certains marabouts et milieux d’affaires volent nos rêvent de prospérité, de vie meilleure et heureuse.

Les conditions d’une République vertueuse n’existent plus dès lors que le bien public est subordonné à l’arbitraire, aux intérêts égoïstes d’une personne ou d’une minorité. La République, c’est la chose de tous. Le sens collectif. La morale ne peut tolérer les pratiques éhontées de détournement et de petites manigances.

L’alibi de l’existence de la Caisse d’avance depuis la colonisation procède d’un renversement de valeurs consistant à banaliser les maux publics au lieu de défendre l’idéal de transparence et de probité des élus. Au lieu de dire avec l’énergie de la vérité que Khalifa Sall a fait une erreur, ses partisans clament haut et fort son innocence, car, disent-ils, tous ses prédécesseurs ont utilisé, sans que justice n’intervienne, la Caisse d’avance à des fins politiques. Misère de la démocratie !

asene@seneplus.com

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