Liberia's President George Weah arrives at the 30th Ordinary Session of the Assembly of the Heads of State and the Government of the African Union in Addis Ababa, Ethiopia January 28, 2018. REUTERS/Tiksa Negeri
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Emmanuel Macron reçoit George Weah ce mercredi pour son premier voyage diplomatique en Europe
INTERNATIONAL – Deux présidents désireux de se rapprocher et un très bon timing. Moins de deux mois après son élection, la légende du football et nouveau président Libérien George Weah a choisi la France pour son premier voyage en Europe. L’ancien attaquant du PSG est à Paris ce mardi 20, jusqu’au 23 février, pour rencontrer Emmanuel Macron à l’Élysée. Une visite diplomatique pour marquer un renouveau dans les relations entre les deux pays.

Quelques jours avant la visite de Weah à l’Élysée, le Liberia faisait son apparition dans la liste des pays recevant prioritairement l’aide française au développement, devenant ainsi le premier pays anglophone à bénéficier de ce statut. Et pour François Gaulme, chercheur associé à l’Ifri et spécialiste de l’Afrique, ce rapprochement est surtout une histoire de parfait timing entre les arrivées de deux présidents qui veulent faire évoluer les choses.

« Félicitation Mister George », tweetait Emmanuel Macron à l’annonce de la victoire de George Weah à l’élection présidentielle libérienne, le 28 décembre dernier. Il venait de succéder à Ellen Johnson Sirleaf, marquant ainsi la première transition démocratique depuis plus de 70 ans dans ce pays anglophone d’Afrique de l’Ouest. « Mister George » entretient une relation particulière avec l’Hexagone. Son fils Timothy est même actuellement sous contrat avec le PSG.

Sortir de l’image coloniale de la France

Un choix qui encouragera certainement Emmanuel Macron qui a dit vouloir encourager durant son mandat le rapprochement de la France avec les pays africains. En novembre, décidé à redresser l’image et l’influence française en Afrique, il avait d’ailleurs effectué une longue tournée sur le continent. « C’est sa volonté, il veut montrer qu’il appartient à une nouvelle génération, éloignée du passé colonial. Il veut sortir de cette image négative de colonisateur qu’a pu avoir la France », explique au HuffPost François Gaulme.

Faire des dons, oui, mais plus seulement aux anciennes colonies. L’ajout du Liberia (et de la Gambie, autre pays anglophone) parmi la liste des 19 pays prioritaires n’est pas anodin. « C’est très significatif comme décision puisque jusque-là, cette liste était monopolisée par des pays très pauvres francophones. C’est donc le premier pays anglophone, sous influence américaine, qui bénéficie de l’aide française, souligne le spécialiste. Enfin, c’est d’autant plus symbolique que le Liberia est le seul pays de la région qui n’a pas été colonisé ». Comme son nom l’indique, le pays a été (indirectement) créé par des esclaves affranchis envoyés d’Amérique pour occuper la terre de leurs ancêtres.

« Ce nouveau rapprochement que l’on voit s’amorcer entre la France et ce pays qui a vécu une effroyable guerre civile naît de l’élection de deux présidents d’une nouvelle génération. Macron veut faire évoluer l’image de la France en Afrique et cela convient parfaitement à Weah qui se revendique francophile et francophone. Ce dernier point est d’ailleurs inédit dans ce pays », résume François Gaulme. Enfin, si la France redore son image avec cette tactique diplomatique, le Liberia, lui, va pouvoir bénéficier plus vite des dons français -qui jusque ici mettaient des années à être accordés- et être moins isolé.

« Le pays a tout intérêt à se rapprocher de Paris et des autres pays de la liste. Dans la partie nord-ouest de l’Afrique, les petits pays anglophones sont enclavés parmi les pays francophones. Ils sont isolés. À coté, il a la grande puissance anglophone nigériane qui les éclipse. Se rapprocher de leurs voisins francophones peut les aider à s’allier et faire un contrepoids face à cette superpuissance qui leur fait peur », décrypte le chercheur de l’Ifri.

L’aide publique au développement est pilotée par le Trésor et prévue dans le budget annuel de l’Etat. Elle est présentée comme l’ensemble des dons et des prêts accordés par des organismes publics aux pays figurant sur la liste des bénéficiaires du Comité d’aide au développement (CAD) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (voir organigramme ci-dessous). En 2016, l’aide publique au développement française s’élevait à 8,7 milliards d’euros, soit 0,38% du revenu national brut (RNB). Par rapport à 2015, elle progressait de 7%, soit 552 millions d’euros ou 0,01 point de RNB. Le chiffre peut varier d’une année à l’autre grâce aux dons et prêts faits par l’Agence française de développement. Cette aide concerne entre autres l’éducation, la réduction de la pauvreté, la santé, l’autonomie des femmes.

« Il faut toutefois faire attention. Il y a deux listes de pays ‘aidés’. Une de 19 pays très prioritaires, celle où se trouvent le Liberia et la Gambie et une autre, plus large, avec des pays bénéficiant d’aides, mais qui sont en quelques sortes un peu moins prioritaires car un peu plus riches que les 19 autres », précise François Gaulme.

Lors de sa première allocution présidentielle, Emmanuel macron avait promis que l’aide au développement atteindrait 0,7% du revenu national brut d’ici 2030. Pourtant, en juillet, le gouvernement a annoncé une réduction de 141 millions d’euros sur ce budget.

Le président reçoit ce mercredi George Weah pour un déjeuner de travail à l’Elysée en présence de nombreuses personnalités du monde sportif, tels que les footballeurs Didier Drogba et Kylian Mbappé. La création d’une plate-forme pour « mobiliser des financements sur des projets sportifs en Afrique » et « développer une économie du sport » sur le continent devrait être annoncée par les deux présidents lors d’une conférence de presse à l’issue de la rencontre.

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