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L’indépendance de la justice est toujours proclamée au Sénégal, mais dans les faits, force est de constater qu’elle reste soumise à l’omnipotence du pouvoir Exécutif.

Pourtant après l’alternance de 2000, les populations espéraient des réformes en profondeur dans le secteur de la justice. Espoir d’autant plus fondé que Wade, l’éternel opposant devenu président de la République, n’avait de cesse d’accuser la Justice d’être à la solde du pouvoir socialiste. D’ailleurs du temps des socialistes, il suffisait que des événements surviennent pour que le régime y voit la main de Wade, qui finissait toujours par la case prison pour laquelle il avait préparé une valise spéciale.

Il serait fastidieux de tous les citer, mais nous rappelons l’affaire Me Sèye et celle du meurtre des 6 policiers sur les Allées du Centenaire et qui avaient valu à Wade, d’être arrêté et incarcéré à Rebeuss pour « atteinte à la sûreté de l’État», avant qu’ils ne soit élargi par un non-lieu.

Mais une fois aux manettes, le pouvoir libéral qui s’est également illustré par ses interventions intempestives dans les affaires de la Justice, a essuyé les mêmes critiques. À sa suite, en 2012, Macky Sall, chantre de la rupture et signataire de la Charte de bonne gouvernance démocratique des Assises nationales où figurait en bonne place, une certaine indépendance de la Justice, est lui aussi accusé de l’instrumentaliser à son tour, pour solder des comptes politiciens.

Toujours est-il que l’immixtion intempestive de l’Exécutif dans les affaires de la Justice, est une constante au Sénégal et, a été constamment dénoncée par les magistrats et les avocats.

D’ailleurs aujourd’hui, il suffit que des opposants soient traduits devant les tribunaux pour que l’on crie, telle une antienne, à tort ou à raison, à l’acharnement et à l’instrumentalisation de la Justice. Cela a été le cas lors de l’arrestation de Karim Wade, Bamba Fall, Khalifa Sall, Barthélémy Diaz et autres. Pour les trois socialistes précités, d’aucuns justifiaient leur arrestation par leur refus de s’aligner derrière Tanor Dieng, qui voulait arrimer la barque des socialistes à celle de l’Apr.  Une situation qui ternit gravement la toge des magistrats et met leur crédibilité à rude épreuve. D’ailleurs, les magistrats ont souvent été victimes d’attaques de la part de l’opinion, au point de pousser Me Sidiki Kaba à réagir.

Ainsi, s’était-il désolé, de la récurrence de ces attaques, non sans inviter   les uns et les autres à plus de « respect envers les magistrats, et de manière générale, pour tous ceux qui œuvrent pour la bonne marche de la justice sénégalaise ». Cette sortie faisait suite à celle de l’Ums, qui avait publié en février 2016, une résolution dans laquelle elle dénonçait, entre autres, l’immixtion de l’Exécutif.

Cela, à travers « les sorties maladroites des pouvoirs publics à l’égard de décisions de justice rendues, dont la dernière en date est celle de la Cour suprême dans l’affaire des élèves-maîtres ».  Cette affaire aura montré, tout le « respect » que le pouvoir voue à la Justice et à ses décisions.

Aujourd’hui, l’élection de Souleymane Teliko à la tête de l’Union de la Magistrature du Sénégal annonce-t-elle le début de la fin de l’inféodation de la Justice à l’Exécutif ?

Tout le laisse penser eu égard au profil de cet éminent juge, qui, dans un passé récent, avait défrayé la chronique pour s’être, à travers une correspondance adressée à ses pairs, insurgé contre le mode du fonctionnement du Csm, à savoir, la consultation à domicile, les affections punitives de magistrats qui n’ont pas l’échine assez souple au yeux du pouvoir ainsi que le manque de transparence dans la gestion de carrières des juges et des procureurs.

Une sortie qui n’avait pas eu l’heur de plaire à la hiérarchie qui voulait le mener à la guillotine, en le traduisant illico presto devant le conseil de discipline.  Mais la réplique de ce magistrat réputé pour son franc-parler, ne s’était pas fait attendre et les media s’en sont fait l’écho, tel votre site préféré Leral.net. « Je reste persuadé qu’au-delà des motifs ci-dessus indiqués et qui me paraissent pour le moins légers, il existe d’autres raisons, non avouées, qui ont déterminé l’ouverture de cette enquête. 

Mais en tout état de cause, que ceux qui pensent pouvoir, à travers cette procédure, me réduire en silence ou m’intimider, sachent qu’ils ont tapé à la mauvaise porte. Car je continuerais à exercer pleinement le rôle de représentant élu des magistrats au sein du Csm« , avait-il averti.

Finalement, le pouvoir avait fait machine arrière devant l’impressionnante levée des boucliers de la part de la corporation des magistrats toute entière.

Aujourd’hui qu’il a été plébiscité par ses pairs qui lui ont confié le gouvernail de l’Ums, nul doute que l’un de ses principaux chantiers, devrait être d’affranchir le pouvoir judiciaire de la tutelle de l’Exécutif, de sorte que les décisions rendues ne souffrent plus de contestations.

Car, l’intervention du pouvoir politique dans la bonne marche de la Justice, dernier rempart contre l’arbitraire, pourraient mener le pays vers des lendemains troubles, étant entendu que là où règnent l’injustice et l’impunité, le chaos n’est pas loin.  Et que l’on ne s’y trompe pas, juge Teliko ou un autre, l’histoire est en marche !

 

Rédaction LERAL.NET

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