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Sous le magistère du président Abdoulaye Wade, les relations entre les deux fils biologique (Karim Wade) et politique (Idrissa Seck) s’étaient tellement exacerbées qu’on croyait que jamais les deux caïmans politiques n’allaient plus se baigner dans un même fleuve. Une dizaine d’années après, les positions de pouvoir et les postures politiques ont changé. Mais un seul invariant demeure : la rivalité politique qui se traduit par l’ambition de chacun des fils à vouloir accéder aux plus hautes responsabilités du pays. Karim Wade est devenu un leader politique et le candidat du PDS à la prochaine présidentielle nonobstantses démêlées judiciaires assorties d’un exil à des milliers de kilomètres du Sénégal. Idrissa Seck est dans une phase de résurrection politique favorisé par le déficit de leaders charismatiques dans l’opposition qui puissent tenir tête au président de la République Macky Sall.

Au-delà du vernis de sincérité de cette fraternité, il faut voir une stratégie politique que les deux leaders veulent affiner pour combattre l’ennemi commun. « L’ennemi de mon ennemi est mon ami », dit l’adage. Ici, dans cette guerre de pouvoir, l’ennemi commun, c’est Macky Sall. par conséquent, la logique politique commanderait l’union circonstancielle des deux forces d’opposition pour faire face à Macky-l’ennemi-commun.

À mesure que la présidentielle de 2019 s’approche et que la participation de Karim Wade à ladite échéance devient hypothétique, il apparaît qu’il serait plus opportun voire opportuniste pour la famille Wade de s’entendre avec celui qui valablement se positionne et s’officialise comme le principal challenger du président sortant. Idy sera-t-il le candidat du PDS en cas d’invalidation de la candidature de Karim ?

Cette hypothèse parait peu probable au vu de ce qu’une telle décision engendrerait comme remous au sein du PDS. Au cas où Abdoulaye Wade s’échinerait à adouber le fils putatif, il courrait le risque de voir la désagrégation du PDS tant fragilisé par les oppositions intestines entre Karimistes et conservateurs légitimistes. Idrissa Seck, qui se dit « actionnaire majoritaire du PDS », a laissé de mauvais souvenirs ineffaçables dans la cassure du PDS. Ce qui fait que, stratégiquement, même en cas de disqualification de Karim, le parti du pape du Sopi devait choisir parmi ses cadres politiques un porte-drapeau pour aller à la conquête des suffrages des électeurs. Un plan B quoi. Ce même si ce serait sans espoir. Ce qui est plus plausible, c’est une future alliance opportune au cas Idy ou l’éventuel candidat du PDS serait au second tour en face au président sortant. Ni une plateforme programmatique ni un projet de société ne déterminera l’alliance politique Idy/Karim. Le seul mobile qui vaille est le déboulonnement d’un autre frère libéral aujourd’hui devenu l’ennemi N°1.

Il ne faut pas oublier qu’en politique, la fraternité débouche graduellement sur la rivalité, l’animosité voire la fratricidité puisque les frères représentent deux altérités d’une même personnalité. Les frères ennemis sont rapprochés aujourd’hui par une même fascination, celle de l’objet qu’ils désirent ardemment tous les deux et qu’ils ne peuvent ou ne veulent partager : le pouvoir. Judas et Brutus rodent toujours dans le champ politique. et l’histoire enseigne que le premier fratricide est venu de Caïn qui a tué abel par rivalité jalouse. Dans l’egypte ancienne, Seth a tué Osiris pour prendre le trône. Dans la grèce antique, la rivalité pour le trône du père a poussé les frères jumeaux et éocle et polynice à s’engager dans une guerre fratricide. Et selon la tradition biblique, l’histoire des jumeaux Jacob et esaü met en exergue un conflit fraternel qui trouve une issue heureuse après plusieurs années de séparation. C’est donc dire que les circonstances politiques détermineront l’application tragique de l’un de ces schémas dans la réalité sénégalaise et plus particulièrement au sein de la famille libéralo-wadienne.

Serigne Saliou Guèye, Journaliste 

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