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Crise dans le Kasaï, processus électoral, à l’occasion du sommet de l’Union africaine, le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo a accordé une interview à Jeune Afrique.

Sa présence a été particulièrement remarquée. Souvent absent de ces sommets, Joseph Kabila s’est rendu à Addis-Abeba, en Ethiopie, pour la réunion des chefs d’Etat du continent qui s’est tenue les 3 et 4 juillet. Après les sanctions européennes et américaines infligées à 17 dignitaires de son régime, il est venu peser de tout son poids pour obtenir le soutien de ses homologues africains. A la tête de l’offensive diplomatique du pays, Leonard She Okitundu, son ministre des Affaires étrangères, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Alors qu’il est très rarement présent à ces réunions, Joseph Kabila a cette fois-ci fait le déplacement au sommet de l’Union africaine (UA) qui s’est tenu le 3 et 4 juillet à Addis-Abeba. Pourquoi était-il là ?

Leonard She Okitundu : La présence du président de la République est peut-être rare, mais lorsqu’il y a des sommets importants, il y participe. Nous sommes dans une phase de réorganisation de l’UA, et cela nécessitait la présence de tous les chefs d’Etat.

Alors que l’Union européenne a sanctionné de nouveaux responsables congolais fin mai, êtes-vous aussi venu chercher le soutien de l’UA ?  

Absolument, nous avons une grande controverse avec UE depuis les sanctions qui ont été prises à l’encontre de certaines personnalités de la RD Congo. Et nous sommes satisfaits car ici, le comité exécutif a fait adopter par les chefs d’Etat la condamnation de cette pratique. Lors du sommet UE-UA en novembre prochain, nous remettrons cette affaire sur le tapis. Nous voulons une relation de partenariat avec l’UE, pas une relation de subordination, qui est intolérable.

En sanctionnant de manière unilatérale certaines personnalités, il y a une atteinte à la présomption d’innocence.

Concrètement, demandez-vous la levée de ces sanctions ?

Oui, comment peut-on sanctionner des gens sans leur avoir donné la possibilité de s’expliquer sur ce qu’on leur reproche ? En sanctionnant de manière unilatérale certaines personnalités – et pas des moindres –, il y a une atteinte à la présomption d’innocence. Par exemple, notre ministre de l’intérieur a été sanctionné pour des faits commis avant même qu’il ait pris ses fonctions. Il faut voir le tapage médiatique, tout le monde vous regarde comme si vous étiez déjà condamné. Ces sanctions sont tout à fait illégales, c’est d’ailleurs pourquoi nous avons saisi les autorités européennes. En ce moment même, notre plainte est en train d’être examinée au sein du tribunal européen, au Luxembourg.  Je tiens à ce que l’UE revienne à de bons sentiments. Nous ne nions pas qu’il y a des problèmes mais il doit y avoir un dialogue.

Au Kasaï, 48 fosses communes ont à ce jour été découvertes, il y a plusieurs centaines de morts, plus d’un million de déplacés. La situation n’est-elle pas particulièrement préoccupante ? D’autant que l’armée congolaise semble impliquée dans ce conflit.

Non, je ne peux pas vous laisser dire ça. Ce n’est pas l’armée congolaise, il ne faut pas généraliser. Des éléments des forces de l’ordre ont certes commis des crimes – souvent d’ailleurs en réaction à la cruauté des actes commis par les miliciens Kamuina Nsapu -, cela on ne le nie pas. Mais c’est comme dans toutes les armées du monde entier. On a vu ce qui s’est passé avec l’armée américaine en Irak, avec l’armée française dans d’autres pays… Sachez en tout cas que toute personne qui aura commis des crimes sera sanctionnée en conséquence, qu’elle fasse partie des forces de l’ordre ou des miliciens.

L’UE dénonce aussi des entraves au processus électoral. Alors que son second mandat a pris fin en décembre dernier, beaucoup craignent que Joseph Kabila fasse tout pour se maintenir au pouvoir…

C’est un véritable procès d’intention. Vous savez, pour que le président se maintienne au pouvoir, il faudrait qu’il modifie la Constitution. Tous les pays environnant l’ont fait, pas nous. Il n’y a aucune manœuvre dilatoire de la part du président de la République. Vous savez que la condition pour qu’on organise des élections, c’est qu’on ait déterminé le corps électoral et aujourd’hui, il n’existe pas. La révision du fichier électoral a été entamé l’été dernier, et nous sommes déjà à 30 millions d’électeurs enregistrés sur les 42 attendus.

Le chef de l’État ne peut quitter le pouvoir que s’il a un successeur élu

Joseph Kabila cèdera-t-il le pouvoir cette année ?

Le chef de l’État ne peut quitter le pouvoir que s’il a un successeur élu, alors le jour où il y aura des élections, il en tirera les conséquences. Pour l’instant, on attend et on détermine le corps électoral.

Ce processus peut-il être achevé avant la fin 2017 ?

Il dû se finir fin juillet, selon les prévisions de la commission électorale. Ce qui retarde le processus électoral, c’est la situation au Kasaï, où il a été suspendu. Là-bas, certains collaborateurs de la commission électorale ont été pris à partie, certains bureaux incendiés… Il faut que l’autorité de l’Etat soit rétablie et que les conditions sécuritaires soient rétablies. Le chef de l’État lui-même s’est rendu sur place, cela prouve que la situation est sous contrôle. Maintenant, on attend que les personnes déplacées puissent rentrer chez elles pour terminer l’opération de révision du corps électoral et qu’on puisse organiser les élections.

Mais cela peut prendre des mois, voire des années…

Non, cette opération peut se terminer en trois mois. De toute façon, il faut respecter l’accord du 31 décembre. Il prévoit que les élections se tiennent cette année. Si ce n’est pas possible, le conseil national de suivi, le président de la République et la commission électorale indépendante devront se concerter pour voir quelle est la meilleure date possible pour que les élections se tiennent.

Sait-on quand sera rapatrié le corps d’Etienne Tshisekedi ?

Cela dépend de la famille et des discussions avec le gouvernement. Mais à mon avis, le problème est du côté de la famille. Nous, nous sommes prêts. Nous ne sommes pas là pour nous ingérer dans une affaire familial. Mais nous sommes concernés, car c’était une personnalité politique importante et qu’il y a la question du maintien de l’ordre public à assurer lors de ce retour.

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