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– Mon cher futur Président,

Monsieur le Président,

Recevez mes sincères et chaleureuses félicitations, je vous souhaite longue vie et pleins succès, nos espoirs sont en vous. Que Dieu bénisse le Sénégal.

Cette lettre part de constats largement partagés par nos concitoyens sur l’attitude et le comportement de vos quatre (4) prédécesseurs, je vous les livre et vous exhorte à vous en détacher pour la concorde, la cohésion nationales et le progrès au bénéfice exclusif des générations futures.

55 ans d’indépendance, quatre (4) Présidents de la République. Autant d’années d’apprentissage dans l’action, de pilotage à vue, de tâtonnements et d’impréparation à la fonction Présidentielle.

Chacun de nos quatre (4) Présidents a contribué, avec ses forces et ses faiblesses, à la construction du Sénégal que nous avons aujourd’hui, que nous aimons et que nous n’aimons pas dans certains de  ses aspects.

Le Sénégal est un pays magnifique et les Sénégalais sont un peuple extraordinaire et complexe. Nous sommes un peuple qui aspire à la paix, à la cohésion, à l’harmonie et au beau. Nous sommes un peuple de Téranga. Nous sommes un peuple qui aspire au paradis dans l’au-delà repoussé au lointain, mais nous sommes aussi un peuple dont certains de nos comportements, selon ce que nous enseignent la bible et le coran, conduisent en enfer.

Dans les expressions populaires, on entend souvent les Sénégalais eux-mêmes dire : « Sénégal dou dem ; Senegal dey dem ; Senegal daal ; Senegal yaquna ; Senegal Jaaxalnama ; cey Senegal… »

Certains adages disent : dis-moi le peuple que tu as et je te dirai le Président que tu as, car lui-même est issu du peuple ; on pourrait aussi l’inverser en disant : dis-moi quel Président tu as et je te dirai quel pays tu as.

Les présidents du Sénégal indépendant ont tous été des chanceux et des privilégiés ; nous leur avons donné tous les pouvoirs, vraiment tous ; les pouvoirs de nommer et de démettre, d’emprisonner et de libérer, d’enrichir et même d’appauvrir, de soigner ou de laisser mourir, de construire et de démolir. En tant que futur Président, vous allez aussi jouir de ces privilèges.

Le seul pouvoir que nos chefs n’ont jamais eu et que vous aussi, vous n’aurez pas, c’est de décider qui ira en enfer ou au paradis. Heureusement pour les mécréants et les opposants radicaux.

Malgré tous ces pouvoirs que nous leur avons donnés, nos chefs ont presque toujours pêché dans la gestion de certains aspects de notre vie sociale et institutionnelle. Nous avons répertorié cinq (5) niches de faiblesse qui ont hanté la gestion de nos quatre (4) Présidents, à des degrés divers.

Nous vous suggérons, en tant que futur Président de la République de 2019 à 2024 et même au-delàs, de les éviter et, même mieux, de vous en détacher.

La manipulation des familles religieuses et de leurs guides

Nos Présidents ont usé et abusé de nos familles religieuses et de leurs guides. Ce qui devait être une relation garante de la stabilité sociale est devenue une connivence malicieuse et politicienne au détriment de l’intérêt des populations. A terme, cela va déboucher sur le discrédit de nos familles religieuses et de leurs guides. Le colonisateur a offert des privilèges de terres et de semences à nos guides religieux pour qu’ils servent d’intermédiaires avec les populations. Ces dernières ont toujours considéré les chefs religieux comme leurs protecteurs. Cette relation avait marché et a été le gage de l’obéissance des populations qui ont payé l’impôt et accepté la domination du colon. Nos différents

Présidents ont dénaturé cette relation. Au fil des alternances, les religieux sont devenus des instruments du pouvoir, ont été inondés d’argent et de privilèges matériels en échange à leur mot d’ordre de vote. Même dans les cas où les khalifes ne donnent pas de mot d’ordre, l’entourage utilise les biens matériels offerts pour justifier une consigne de vote, puisque le Président traite bien le Khalife. C’est un abus des populations et une entorse au principe du libre en démocratie. C’est devenu malsain et cela dessert notre cohésion. Nous avons vu récemment des individus se rebeller pour insulter nos chefs religieux.

La responsabilité revient à nos Présidents. Pour l’intérêt du Sénégal, les Présidents doivent arrêter d’exercer cette corruption morale et émotionnelle de nos chefs religieux. Ils doivent arrêter de se rendre chez nos familles religieuses. Nos familles religieuses ne se limitent pas à cinq (5), elles sont nombreuses et disséminées à travers tout le Sénégal.

Et puis, n’oubliez pas que certains de nos chefs religieux ont été de vaillants défenseurs de nos terroirs et de nos valeurs sociales, culturelles et religieuses en face du colon. Ils doivent être sublimés, respectés et protégés.

Nos différents Présidents ont fini de les exposer à la vindicte populaire et lynchage médiatique. Je vous suggère de créer un Ministère du culte et des religions. Nous sommes un pays laïcs et notre

Président doit être à équidistance et s’éloigner des familles religieuses.

Ce n’est même pas sûr que c’est respecter la constitution que de déverser autant d’argent dans le cercle restreint de certaines familles religieuses pendant que le reste de la population vit dans l’extrême précarité et le dénuement total en ce qui concerne les services sociaux de base. En plus, il n’y a pas que les musulmans comme obédience religieuse au Sénégal ; même à l’intérieur des musulmans il y a d’autres guides et groupes qui ne bénéficient pas d’autant de largesse. L’argent que nos Présidents dépensent dans les familles religieuses provient des impôts de tout le monde (chrétiens, musulmans et non croyants). Nos Présidents ont transformé les familles religieuses en ilots d’opulence dans un océan de misères et d’extrême précarité. C’est cela qui rend les populations mécontentes, qui écarte les familles religieuses des vrais gens et des vrais préoccupations des populations.

Nous avons besoin d’un Président débarrassé du spectre du 2ème mandat. Le spectre du prochain voire 2ème mandat a rendu nos Présidents irrationnels dans leurs attitudes et comportements. Ils ont usé et abusé de nos chefs religieux ; ils les ont manipulé à des fins politiciennes et électoralistes ; notre cohésion sociale en est devenue fragile, des citoyens osent maintenant attaquer les guides religieux, ce qui étaient impensable jadis. Si nos guides religieux sont fragilisés, le Sénégal sera en danger car il n’y aura plus de régulation sociale. De grâce, durant votre mandat, laissez nos chefs religieux tranquilles pour qu’ils restent et assument leur rôle de gardiens de la cohésion nationale et de nos valeurs spirituelles.

Je vous suggère de revenir à l’orthodoxie Républicaine avec comme socle l’équidistance, la mesure, la hauteur et l’équité. Merci d’éviter les déplacements intempestifs et la distribution d’argent chez les familles religieuses. Un Président talibé, ça fait désordre.

  1. L’immixtion de la famille biologique du Président dans l’Etat

La fonction de Président de la République est une lourde charge. Lorsqu’on devient Président, on cesse d’être une personne ordinaire. Le Président est non seulement une institution mais aussi une icône, un symbole, une représentation de tout un peuple. Il est dès lors important que sa famille biologique soit préparée à cela pour l’accompagner moralement, discrètement sans interférer négativement dans sa charge. Hélas cela n’a jamais été le cas.

Tous nos présidents ont placé les membres de leur famille biologique dans l’appareil d’Etat. Les frères, les sœurs, les enfants, les épouses, les beaux frères, les oncles, les tantes de nos présidents ont occupé des postes dans le pouvoir et se sont enrichis illicitement et impunément. Vos prédécesseurs auraient pu les servir à partir des privilèges déjà énormes et à foison dont ils ont disposés.

Les membres de la famille biologique des Président peuvent bien trouver quelque chose à faire dans plusieurs domaines autres que l’Etat (agriculture, élevage, sport, éducation, appui aux personnes vulnérables, organisations non étatiques, etc…). Lorsqu’ils occupent des postes dans l’Etat, ils deviennent des sujets de trafic d’influence, de corruption et de magouilles de toutes sortes.

La famille biologique est devenue une niche de faiblesse de nos présidents et un creuset de mécontentement des populations. Le népotisme, le clientélisme, la gabegie et l’arrogance naissent ici.

Le Sénégal est un petit pays mais grand par le nombre et la qualité de ses ressources humaines. Le Président dispose de toutes les expertises en dehors de sa famille biologique. Il faut qu’il les utilise et laisse sa famille en dehors de l’Etat. Même si les précédents Présidents l’ont fait, il faudra l’arrêter et mettre un terme à cette implication abusive de la famille biologique du Président dans l’appareil d’Etat.

Je vous suggère de laisser votre famille à la maison et en dehors des affaires de l’Etat.

  1. La manipulation des institutions

Manipulations tous azimut. Doublons et prestige. Chaque Président qui vient se taille sa propre constitution, à la mesure de ses ambitions de pouvoir et de domination des autres. Notre constitution a été taillée, retaillée, rapiécée et patchée sans ménagement. On s’y perd même et malgré toutes les révisions qu’a connues notre constitution, elle reste imprécise, sujette à des interprétations fantaisistes sources de divisions et de débats sans fin.

L’Assemblée Nationale est devenue une désolation ; même pour les élections législatives, le mot d’ordre est de voter pour le Président. Il n’y a en fait pas de représentation du peuple. Les députés n’osent pas se regarder dans le miroir et sont devenus inutiles pour le peuple qu’ils ont supposé représenter. L’institution parlementaire est utilisée contre des personnes, pour casser voire emprisonner des opposants.

Notre justice est malade ; elle a perdu de sa superbe ; son mythe est cassé, elle est devenue une fleur fanée du fait des manipulations des magistrats, juges d’instruction et procureurs. Les procureurs étaient jadis respectés, ils sont devenus les bras armés pour casser des opposants et des citoyens mécontents. Le conseil constitutionnel et la cour suprême sont simplement des organes de validation des décisions venant de la Présidence de la République.

Les institutions comme le HCCT ou le CESE sont sans grande utilité. Elles n’ont pas la capacité et l’expertise nécessaires pour conseiller ni le Président ni le Gouvernement. Elles ne sont que doublons, prestige, repères de soutiens politiciens.

Sans institutions fortes, crédibles et stables, il n’ya pas d’Etat respecté.

Mon cher futur Président, vous devrez savoir raison garder ; vous devrez faire l’effort éthique de laisser la constitution en paix, tout au plus vous assurer de sa clarté et de sa précision dans ses dispositions ; il faut arrêter, une bonne fois pour toute, de tripatouiller notre constitution ; il faudra supprimer les institutions fantaisistes et dépenser les ressources dans les services sociaux de base dans les terroirs. Je vous suggère de laisser la justice travailler pour qu’elle redevienne équilibrée, une justice unique et pour tous.

  1. Président, chef de parti politique

Ne soyez pas chef de parti politique. Soyez un citoyen supérieur au-dessus de la mêlée. Soyez un

Président pour Tous et avec Tous.

La suspicion qui a toujours entaché les relations entre le pouvoir et l’opposition nait du fait que le Président affiche sa couleur politique. La transhumance en est une conséquence. Le fait que vos prédécesseurs sont restés chefs de partis a été contreproductif pour notre aspiration de gouvernance démocratique. A chaque fois que nos présidents ont continué à diriger leur parti, ils ont cessé d’être équilibrés vis-à-vis des autres partis et des autres opinions.

Avec ses prérogatives de nommer aux fonctions civiles et militaires, le Président chef de parti choisit ses hommes d’abord dans son parti ; ensuite parmi ses souteneurs ; ensuite dans sa famille biologique et politique élargie ; ensuite dans son ethnie. Cela n’est ni bien, ni équilibré. C’est cela qui donne naissance au favoritisme, explique la persistance des détournements et du tâtonnement.

Les marchés publics et les chantiers de l’Etat en souffrent. Trop d’argent, trop d’affairistes, les marchés publics surfacturés, les attributions fantaisistes, les commissions sont devenues la règle, l’exécution des marchés publics sont de mauvaise qualité et les avenants sont devenus systématiques. Une rigueur plus soutenue doit se faire dans la délivrance des autorisations d’entreprises de bâtiments, de routes et de ponts et chaussées. Ces entreprises ne doivent pas être gérées par des « Diack Diossine ». Une rigueur plus soutenue doit aussi se faire dans le suivi de l’exécution des marchés publics. C’est là qu’il y a des commissions, des avenants intempestifs, des chantiers qui perdurent des années et même des chantiers qui ne sont jamais finis alors que l’argent prévu a été bouffé. Même les tracteurs sont distribués à des pseudos agriculteurs et affairistes qui les louent à d’honnêtes agriculteurs et à des prix exorbitants. Une nouvelle éthique dans la redistribution de biens de la Nation doit prévaloir. Les dérives ethnicistes et claniques sont liés au fait d’être Président et chef de parti et ont eu des impacts directs et négatifs dans les nominations et le choix des zones d’investissement.

  1. La manipulation des paysans et des pauvres

Tous vos prédécesseurs ont manipulé les paysans et les pauvres en leur offrant des semblants de faveur, surtout en période de soudure. Et tout cela, à des fins électoralistes. A tour de rôle et successivement, Ils ont donné une paire de vaches et des semences, des moulins, des véhicules aux chefs de villages, du riz, puis des bourses de sécurité familiale. Une bourse de sécurité familiale est l’équivalent de 265 frcs cfa par jour. Nos différents Présidents n’ont jamais été capables de concevoir une politique voire un système social d’entre aide et de charité, organisé et durable. Ils ont toujours fait dans l’informel social, ostentatoire et politicien.

Cher futur Président, soyez décomplexé et authentique dans votre conception du développement et dans vos choix d’investissements prioritaires. Des milliards sont dépensés dans la course poursuite derrière les pays développés. Il faut mettre un terme à ce mythe et à ce gâchis, l’écart est trop grand et nous ne rattraperons ni le Canada, ni la France, ni les USA. Nous devrons arrêter d’investir dans la consommation et construire notre développement à partir de nos terroirs ; je vous suggère d’investir dans l’économie locale de production, dans les services de base et créer des villages urbains.

Merci de réorienter les investissements publics vers les terroirs éloignés de la capitale et des grandes villes. Ayez l’audace d’essayer « Une commune, Un milliard » de 2019 à 2024 et vous verrez les résultats extraordinaires que vous ferez pour nos enfants, et les enfants de nos enfants.

Développer c’est évoluer et faire évoluer. Avec vous, nous devrons sortir de l’extrême pauvreté, de la stagnation et de la régression mentale, sociale et économique.

  1. En conclusion

Notre futur Président doit s’élever au-delà de la routine et de l’à peu près. ; Il doit être un Président doté d’une capacité d’élévation spirituelle non religieuse et non ordinaire ; il devra être un Président émotionnellement fort, non complexé et débarrassé des préjugés socio culturels limitant l’évolution de nos valeurs sociales.

Je souhaite que vous soyez un Président de renoncement, détaché des servitudes la chair, spirituellement élevé et émotionnellement intelligent ! Un Président ascète !

Je souhaite que vous soyez le Président qui nous a manqué jusque-là !

Petit GUEYE, Maire de Sokone et citoyen du Sénégal

Dakarmidi

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