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Les mourides ont fondé plusieurs cités à travers le Sénégal, avec des objectifs bien spécifiques. Pour mieux comprendre cette démarche, il est nécessaire de remonter à l’époque des premières générations de la mouridiyya.
Cheikh Ahmadou Bamba, lui-même, a fondé des villages et a ordonné à certains de ses disciples de faire de même. Il effectuait souvent des déplacements dans le but de s’éloigner des foules pour se consacrer exclusivement à l’adoration de son Seigneur, Allah SWT.
A la suite de la disparition de son père, Momar Anta Saly, certains notables lui avaient suggéré de se mettre aux côtés de Lat Dior en tant que conseiller, une proposition qu’il rejeta dans la courtoisie et la détermination. En ce sens, qu’il écrivit le poème intitulé Khaluu liya-rkan, dans lequel il dit ne s’en remettre qu’à Allah, en se contentant du savoir et de la piété.
Ces deux mots résument bien l’objectif de la fondation de toutes les cités mourides.
En 1883 (1301 h), le Cheikh quitta Mbacké Kajor, où il avait reçu l’ordre du Prophète PSL de privilégier l’éducation spirituelle au lieu de se limiter à l’enseignement théorique, à destination de Mbacké Baol, son village natal.
Cependant, la ruée vers cette localité le poussa à fonder le village Darou Salam en 1886 et de s’y installer, avant de le confier à son frère et disciple Mame Cheikh Anta, en mettant à sa disposition 99 talibés. C’est ainsi qu’Allah le guida vers sa chère Touba, un lieu situé en pleine forêt, entre plusieurs royaumes. A la découverte de sa nouvelle cité, il composa le poème Matlabul Fawzayni pour formuler des prières en ce sens. Lequel ouvrage est considéré aujourd’hui comme le plan directeur et la charte fondamentale de la ville. Il y implanta quatre daaras en vue de poursuivre l’éducation spirituelle de ses disciples, loin des agglomérations et de leur influence.
Après avoir formé de grands ascètes et érudits pouvant perpétuer sa mission et diffuser son enseignement, Khadimur Rassoul donna à certains d’entre eux le ndigël de fonder de nouveaux villages, qui devinrent des sanctuaires d’instruction, d’éducation, d’adoration et de travail. Parmi ceux-ci, on peut citer Darou Mouhty (fondé par Mame Thierno), Tindody (par Cheikh Moustapha), Ndindy (par Serigne Fallou), Darou Karim (par Serigne Massamba), entre autres. Il convient ici de souligner que lorsque Cheikh Moustapha et Serigne Fallou fondaient leurs premiers villages, ils n’étaient pas âgés de plus de 26 ans, ce qui témoigne de leur bravoure, de la qualité de la formation qu’ils ont reçue dès le bas âge, et de leur sens de la responsabilité.
Par la suite, les disciples du cheikh précités créèrent plusieurs autres villages et d’autres condisciples leur emboitèrent le pas. Etant donné que le Sénégal d’alors était constitué de royaumes, ces dignitaires mourides pouvaient être considérés comme des ambassadeurs investis de la noble mission consistant à diffuser l’islam authentique revivifié par le Serviteur attitré du Prophète Mouhammad (PSL).
Lors de la réalisation des grands chantiers du mouridisme tels que la construction de la grande mosquée de Touba, des champs ont été cultivés dans ces villages dans le seul but d’en assurer le financement.
L’une des caractéristiques les plus frappantes des cités mourides réside dans leur toponymie. En effet, les noms de bon nombre de ces lieux saints font référence aux attributs d’Allah. En voici quelques exemples à titre d’illustration : Darou Salam, Dârul Qudûs, Dârul MuCtî, Dârul Minan, Dârul calîm al xabîr, Dârul Karîm, etc.
Aujourd’hui, la ville de Touba est ceinturée par des « villes satellites » mourides régis par les mêmes règles, principes et valeurs, et qui en constituent un vrai bouclier. Imaginez si Touba était entourée de cités mondaines où tout est permis ! Cette clairvoyance et cette planification dans l’aménagement du territoire mérite une réflexion profonde de la part des spécialistes. La géographie mouride est juste merveilleuse.
Par ailleurs, la ville de Touba est construite autour de la grande mosquée, qui symbolise la piété et la préservation des valeurs islamiques telles qu’enseignées par Cheikh Ahmadou Bamba. A Touba, tous les chemins mènent vers la mosquée.
De nos jours, bien que la création de nouvelles cité soit de plus en plus rare, les « Keur Serigne Touba » peuvent, dans une certaine mesure, être considéré comme une alternative efficace et réfléchie, en ce sens qu’ils permettent aux mourides, où qu’ils puissent se trouver sur la planète, de vivre pleinement leur religion, de s’entraider et de perpétuer leurs « Toolu àllarba » sous d’autres formes. En plus, grâce à leur culture migratoire, leur capacité d’adaptation, leur foi incorruptible et leur engagement indéfectible envers le Cheikh, les mourides fond de leurs terres d’accueil des « Touba », d’où le rattachement du préfixe « Touba » aux noms de plusieurs villages, villes et pays.
Cependant, il convient de souligner que les travaux de modernisation de ces cités sont motivés, non pas par des aspirations matérialistes, mais par le désir ardent de la famille du cheikh et des talibés d’être des témoins actifs de la concrétisation des vœux formulés par Cheikh Ahmadou Bamba afin que tous les conditions soient réunies pour une adoration exclusive d’Allah dans la dignité et la quiétude.

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