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C’est un homme en colère qui vient rendre visite au journal Le Quotidien. «Ma seule raison d’être là, c’est d’appeler Me Wade à se ressaisir», précise d’emblée Pape Samba Mboup. Le chef de Cabinet de l’ancien Président dit en avoir marre de ne pas être écouté par l’homme qui l’a «dépoussiéré», alterne rictus et hochements de tête de désapprobation. Il va au front contre le Front patriotique pour la défense de la République (Fpdr) de Decroix et Cie sur lequel le secrétaire général du Pds compte pour son combat politique. «Ces gens l’ont trompé quand il était au pouvoir, ils continuent à le faire aujourd’hui», souligne-t-il. Mais cet entourage, ce sont ces responsables du Pds qui, selon lui, ne souhaitent pas en réalité la libération de Karim et espèrent «ramasser» un parti qu’ils pensent être «à terre». Mboup cherche ses mots pour dire ses maux. «J’ai mal», soupire-t-il, avant d’ajouter : «Cette fois-ci, quelque chose s’est cassé dans mon cœur.»

pape samb mboupVous semblez un peu mal à l’aise avec Wade…

Disons, j’ai des états d’âme parce que je vois qu’on le trompe et c’est cela qui me fait mal.
Qu’est-ce qui vous fait dire qu’on le trompe ?
Je dois d’abord vous rappeler mes relations avec Me Abdoulaye Wade. C’est quelqu’un qui est irremplaçable dans mon cœur parce qu’il a beaucoup fait pour moi. C’est grâce à Abdoulaye Wade que je suis devenu un Monsieur. Il m’a sorti, je peux le dire, des poubelles, nettoyé, dépoussiéré pour faire de moi un homme respectable. Si aujourd’hui beaucoup de personnes ont de la sympathie pour moi, c’est grâce à mon engagement sans faille et honnête à ses côtés. Je lui dois beaucoup. C’est la raison pour laquelle je ne peux pas laisser les gens continuer à le tromper.
Quels gens ?
Des gens qui sont autour de lui. Il les connaît.
Comment le trompent-ils ?
Je vais vous le dire. Ils lui font croire des choses auxquelles il n’arrive pas ; ils lui font prendre des vessies pour des lanternes. Bref, on le trompe et ça me fait mal. Plusieurs fois je lui ai parlé, il m’a écouté religieusement et je pensais après qu’il allait comprendre, mais je vois que ce n’est pas le cas. Les gens le trompaient tout le temps qu’il était au pouvoir, il l’a perdu et ils continuent encore à le tromper. Ce n’est pas sérieux ! Pour quelle raison ? Pour leurs ambitions personnelles. Mais moi qui n’ai aucune ambition, quand je vois ce qui se passe autour de lui, je suis écœuré. Mercredi, à la réunion du Front patriotique pour la défense de la République, j’ai vu défiler certaines personnes, pas tous heureusement, à la mine douteuse, pas crédibles, sans aucune base politique, qui se disent chef de parti et qui viennent l’engager dans une direction qu’il ne doit pas prendre.
Quelle est cette direction ?
(Silence) Il le saura.
Ce ne sont pas les attaques contre Macky Sall ?
Je ne sais pas. De toute façon il comprendra. Je m’adresse à lui et non à l’opinion.
Aviez-vous assisté à la réunion de mercredi entre Wade et le Front patriotique ?
Non justement. Je n’ai pas assisté à cette réunion.
Vous l’avez boudée ?
J’ai boudé parce que j’avais le cœur gros quand j’ai vu certaines personnes. Connaissant mon tempérament, si j’y avais assisté, aujourd’hui toute la presse allait en parler parce que j’allais me comporter d’une certaine façon que j’allais regretter après. Alors, j’ai préféré rentrer chez moi. J’étais si fâché que j’ai préféré ne pas accompagner le Président Wade à l’aéroport (Ndlr : Il était en partance pour Paris mercredi).
Ah oui, à ce point ?
Oui, parce que ma colère ne s’est pas dissipée jusqu’au moment où il allait à l’aéroport.
Alors que vous aviez l’habitude de l’accompagner pour ses voyages…
Oui, et je le faisais avec plaisir, dévouement et amour. Mais cette fois-ci, il y a quelque chose qui s’est cassé dans mon cœur.
Allez-vous l’accueillir à son retour ?
Bien sûr ! Peut-être que d’ici là j’aurai vidé ma colère.
Vous ne craignez pas qu’il vous en veuille ?
Bon, il m’en voudra certainement parce que quand l’article sortira, les gens seront pressés de lui envoyer les copies en commentant à leur façon. Et quand il descendra de l’avion et que je lui serrerai la main, il me donnera certainement des bouts de doigt comme il a l’habitude de le faire quand il est fâché contre quelqu’un. (Rires) Donc, je veux simplement attirer son attention sur le fait que les gens sont en train de le mener en bateau. Et puis, la plupart de ceux qui sont autour de lui ne souhaitent pas du tout la sortie de Karim Wade.
Ces gens sont-ils du Pds ou du Front patriotique ?
Le Front n’a rien à voir avec Karim. Je parle bien évidemment des gens du Pds. Certains responsables du parti ne souhaitent pas la libération de Karim.
Pourquoi ?
Parce qu’ils ont des ambitions et pour eux le parti est à terre, et chacun veut le ramasser. Ils pensent que quand Karim sortira, il prendra le parti.
Vous pensez que le Président Wade ne comprend pas cela ?
(Il hésite) Vous savez, Wade est très nuancé… Il se pourrait qu’il le comprenne, mais comme c’est un homme sage qui ne veut pas de problème… En tout cas, je le lui ai dit en réunion.
Quelle a été sa réaction ?
Silence complet. Personne n’a réagi et je me suis rendu compte, à travers leur mine, que je suis tombé en plein dans le mille comme on le dit. (Rires)
Et s’il décidait que vous ne faites plus partie de son entourage !
Je fais toujours partie de son entourage, mais je suis honnête, c’est tout. Je n’attaque pas Me Abdoulaye Wade et je ne le déstabilise pas. Je suis en train de lui ouvrir les yeux, et je le dis par loyauté. Président, réveillez-vous, ressaisissez-vous ! On est en train de vous engager dans une mauvaise voie.
Vous ne vous attendez pas à des représailles de sa part ?
Quel genre de représailles ? Moi je n’ai pas d’ambitions politiques. Je suis un free-lance, un homme libre.
Il pourrait se fâcher contre vous…
Mais s’il se fâche contre moi c’est bon. En tout cas, j’ai la conscience tranquille de lui avoir dit ce que j’avais dans le cœur. Il saura bientôt que ce que je lui dis est la pure vérité. Il n’a qu’à se ressaisir parce qu’on le trompe.
«Abdoulaye Wade, ressaisissez-vous !» Que voulez-vous dire par-là ?
C’est lui dire de s’arrêter, d’analyser, de ne pas se laisser aller comme ça. N’importe qui vient et lui dit : «Faisons ceci, faisons cela.» Il faut qu’il redevienne la personnalité qui nous a obnubilés de telle sorte que nous l’avons suivi. Qu’il redevienne ce Abdou­laye Wade qu’on connaissait, ce grand homme d’Etat que tout le monde admirait.
Voulez-vous dire qu’il n’est plus un homme d’Etat ?
Si ! C’est un homme d’Etat. Pour un homme d’Etat, il y a plusieurs degrés. Je veux dire qu’il reprenne le degré d’homme d’Etat qu’il était.
Quelle est la solution pour Me Wade ?
C’est d’abord de réorganiser son parti. Il y a des frustrés qui sont restés chez eux ; il faut qu’on aille les chercher. D’autres ont quitté pour créer leur parti ; il faut qu’on essaie de les faire revenir. Il faut que le parti redevienne ce qu’il était. Ce n’est pas ce front-là qui va régler son problème, mais son parti. Maintenant, il néglige son parti pour ce Front qui n’a rien d’un front. Un véritable front de l’opposition doit au moins avoir dans ses rangs Idrissa Seck, Abdoulaye Baldé et Pape Diop.
Quand vous parlez de réorganiser son parti, est-ce que vous pensez aussi aux retrou­vailles libérales dont on parle ces derniers jours ?
En tout cas, ceux qui peuvent venir, on leur dit bienvenue. C’est la meilleure solution pour régler les problèmes.
Ces retrouvailles entre Wade et Macky sont-elles possibles à l’heure actuelle ?
Non ! Tant qu’il y a des gens autour de lui qui lui font croire n’importe quoi, il n’y aura pas de retrouvailles. Il n’a pas besoin de ces gens-là pour se retrouver avec Macky. C’est lui qui l’a formé ; il est presque son père. Le jour où ils voudront se retrouver, ils se retrou­veront.
Donc, vous êtes pour leurs retrouvailles ?
Je suis pour toutes retrouvailles, mais il ne s’agit pas seulement de cela. Je suis en train d’attirer son attention sur ces sirènes qui chantent à son oreille comme celles-là qui chantaient alors à l’oreille de Ulysse et qui lui ont fait perdre 40 ans à naviguer dans les eaux. Il doit faire confiance à son parti et revenir sur terre. Je lui présente mes excuses si mes propos lui font mal, mais je me devais de le lui dire. Qu’il sache que je suis toujours son compagnon loyal, fidèle et sincère.
Que pensez-vous des accusations du Président Wade contre Macky Sall lors du Comité directeur du Pds mardi ?
Ces accusations, c’est à un niveau que je ne contrôle pas.
Vous avez assisté au Comité directeur ?
Je n’ai pas été au Comité directeur non plus.
Alors que pensez-vous de ses accusations de cor­rup­tion ?
Ces accusations daal, vraiment c’est entre eux. Je ne sais pas ce qui s’est passé sur ces contrats de truc… (Ndlr : Arcelor Mittal et Petro-Tim). Quand ils font des réunions pour attaquer Macky, je n’en sais que dalle. Je suis tout simplement chef de Cabinet, je suis dans mon bureau et je gère les militants, le social.

Le Quotidien

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