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La force de l‘image est là : Au-devant du cheval sur lequel il est à dos, marche résolument et fièrement son « lieutenant » Cheikh Ibra Fall. Il regarde loin et marche fermement. C’est lui qui a créé la révolution mouride pour avoir été le premier prince, de naissance, à se mettre au service d’un homme de Dieu. Pour son guide, il était prêt à tout et ne voyait que lui.

Aux côtés de Cheikh Ibra Fall dont les disciples Baye Fall sont ce que sont les soldats pour les civils, arrive Cheikh Issa Diène. Il tient l’autre rêne du cheval entre ses mains, le regard résolument pointé vers l’horizon. La tradition rapporte qu’avant de fréquenter Serigne Touba, il était combattant de renom de descendance guerrière. Il a fondé sur ordre de son marabout les villages de Ndiéné et Laghan dans le département de Gossas, qui se singularisent par de forts taux de productions agricoles.

Derrière eux, marche Mame Cheikh Anta Mbacké, le regard seulement rivé sur son marabout, Serigne Touba, dont il est pourtant le frère cadet. Il lui obéissait en tout. Il est l’un de ses rares disciples à être allé au Gabon, pour retrouver le marabout qui y était exilé. C’est Mame Cheikh Anta, surnommé Borom Gawane, du nom de ce village qu’il a fondé, qui était l’argentier de la communauté mouride.

Derrière les quatre marche Bour Sine Coumba Ndofféne Diouf. Comme l’indique son titre, il était un roi, réputé par sa bravoure et son attachement à la vérité. Il est le roi qui mis sa vie en jeu, en témoignant du détachement de ce bas monde de Serigne Touba devant le colonisateur.

La photographie aurait été prise au début du 20éme siècle, vers 1903, au moment où celui-ci avait fini de faire main basse sur le Sénégal. N’empêche, il ne réussit pas à dompter Serigne Touba, vers lequel tous convergeaient, attendant sa moindre volonté pour l’exécuter à cœur joie. Ce que voulait, mais ne pouvait obtenir, le colon.

Si Serigne Touba avait ordonné une insurrection contre l’occupant, il est évident que celui-ci aurait fort à faire. Mais, le fondateur du mouridisme préféra la guerre par l’âme au profit de celle par les armes. Il est le seul à cheval. Il avait rappelé que la couleur de la peau n’altérait en rien l’intelligence, encore moins l’engagement. C’est ainsi qu’unique objet de l’attention de ses compagnons, il arbore sa tunique blanche de Soudano-sahélien.

Pendant que les Colons s’échinaient à recouvrer difficilement les impôts, ses disciples couraient lui apporter tout ce qu’ils avaient. Contrairement à l’occupant français, le saint homme ne cherchait pas à soumettre ceux qui venaient vers lui, mais, il leur inculquait la crainte révérencielle, le combat contre les mauvais penchants, etc. L’histoire lui a donné raison : 83 ans après sa disparition, il lègue au monde une communauté religieuse des plus disciplinées et unies, parce qu’obéissant à une seule voie : celle de son Khalife général à Touba.

Les Mourides sont connus, également, pour leur attachement au travail, à l’Islam et à la doctrine de leur maître, Bamba. Le mouridisme a fini de faire le tour du monde. Son fondateur compte des disciples dans toutes les races et catégories sociales. C’est dire que le colonisateur n’avait pas tort de cacher cette photographie inédite, qui montre un prince, un roi, un guerrier et un très proche
parent, avec leur marabout : Serigne Touba, qui a fait sauter les inégalités sociales et mis tous ses disciples sur un même pied d’égalité et derrière une seule cause ; l’adoration d’Allah et le respect de la tradition léguée par le prophète Mouhamet (Psl).

La photo inédite, où les Sénégalais, en particulier, voient pour la première fois le visage de Serigne Touba, plus de ¾ de siècle après sa disparition, explique fort bien pourquoi le colonisateur ne donnait l’appellation de « Grand marabout » qu’à Serigne Touba. Il pesait bien ses mots. Sur la photo, on peut lire : « Afrique occidentale française ; arrivée d’un grand marabout ».

Aujourd’hui, le Mouridisme, qu’il a laissé à l’humanité s’enracine dans l’orthodoxie qu’il a tracée, tout en s’ouvrant aux valeurs positives de la modernité. Son visage serein de foi et adoré de tous sera magnifié, ce mercredi 3 février, à l’occasion de la 115éme édition du Magal de Touba. Cette commémoration, qui verra affluer des millions de talibés venus des quatre coins du monde, célèbre le départ en exil de Khadimou Rassoul, comme pour dire que il n’y a de récompense que pour les services rendus à Dieu. Un enseignement à méditer pour notre monde de compétitions et de confrontations, au quotidien.

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