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Le pouvoir minimise le taux de 49,48%. L’opposition s’en délecte. Si les Législatives ne sont pas forcément une photocopie pour une Présiden­tielle, Macky Sall a en tout cas 18 mois pour relever sa barre. Le message du 30 juillet a une forte ressemblance avec celui des Législatives de 1998 à l’issue duquel le Parti socialiste s’en était tiré avec 50, 2%. Et on connaît la suite deux ans plus tard. Le Quotidien fait parler les archives.

49, 48%. Le chiffre peut faire peur pour un candidat qui n’a pas trop de temps pour le gonfler dans 18 mois. Le chiffre motive aussi une opposition qui croit déjà à un second tour en 2019. C’est la bataille psychologique, médiatique, politique qui va animer les débats pour longtemps. Mais un peu de recul permet d’entrevoir tous les scénarios possibles. Il faudra alors convoquer, pour relativiser, les différents scrutins du genre qui ont créé des surprises électorales dans l’histoire de ce pays. L’on avait effectivement parié qu’au-delà de la majorité parlementaire pour Macky Sall et sa coalition Benno bokk yaakaar, il y avait la majorité électorale, la barre des 50% s’entend. Ce n’est quand même pas, finalement, une première qu’un pouvoir décroche une majorité sans la moyenne. L’on a affirmé que jamais, ou presque, le taux de participation à une élection des députés n’a atteint un tel taux de participation (53, 51%, le 30 juillet).
Pourtant 67,4 % avaient participé au scrutin du 29 avril 2001, cela s’expliquait, sans doute, par l’engouement de la première alternance. L’on a vite fait de dire que le taux de Bby (49, 48%) est une perte de popularité de Macky Sall, par rapport à son référendum de 2016 et la Présidentielle de 2012. C’est un fait. Mais, pour mémoire, aux Législatives de 2001 (déjà) la Coalition Sopi conduite par le Parti démocratique sénégalais n’avait recueilli que 49, 6% avec 89 sièges sur 120. Soit un an seulement après son élection. Une perte prématurée de popularité. C’est que souvent le parti ou la coalition au pouvoir voit ses voix s’effriter à chaque fois qu’il fait face à des forces plus ou moins importantes. En 2001, il y avait un Parti socialiste (17, 4% et 10 députés) fraîchement envoyé à la retraite, mais qui refusait de mourir. Mais aussi Moustapha Niasse, avec l’Afp (16, 1% et 11 députés) qui venait d’être exclu par Wade et qui poursuivait l’éternelle adversité avec Tanor Dieng. Sauf qu’à la différence de 2017, Abdoulaye Wade avait 6 ans encore pour rectifier le tir, étoffer sa majorité, malgré les départs de nombre de ceux qui l’avaient accompagné comme l’Afp, le Pit, le Rnd, la Ld/Mpt d’alors, et même un certain Idrissa Seck. La preuve, c’est qu’entre-temps, l’ancien Président a multiplié les recrutements dans l’opposition comme Djibo Kâ et d’autres Socialistes.

1998 comme 2017 ?
C’est aussi le cas aux Législatives du 24 mai 1998. En effet, les suivants du Ps, en l’occurrence le Pds et l’Urd, avaient respectivement 19, 12% (23 députés) et 13, 22% (11 députés), partageant ainsi les 47 sièges avec le reste. A l’image de ces deux forces de 1998, la Coalition gagnante/Wattu senegaal et Manko taxawu senegaal ont pesé sur la balance du 30 juillet au point de désagréger les voix de Bby. Et justement, c’est là une grosse ressemblance avec le contexte d’aujourd’hui. Avec un taux de participation de 39,3 %, le Parti socialiste, au pouvoir, s’est retrouvé avec 50, 2% seulement, même s’il a raflé les 93 sièges sur les 140 estampillés «Amendement Niadiar Sène». On aurait dit que Diouf avait frôlé un second tour avant l’heure, c’est-à-dire à 2 ans de la Présidentielle de 2000.
La politique est tout de même une science inexacte, et c’est en cela qu’elle requiert une certaine distance et un certain relativisme. Sinon comment expliquer qu’en 2012, alors même que le Président Macky Sall venait d’être élu trois mois plus tôt avec 65,80 %, sa coalition se retrouve avec 53, 06% aux Législatives, et en dépit des mêmes gros soutiens comme Benno ak Tanor, Benno siggil senegaal ou encore Idrissa Seck ? L’on peut présumer qu’il était plus question pour l’électeur de sanctionner un Président qui a tenté un mandat de trop que d’élire un nouveau. Comment comprendre que le taux de participation de 55% du 25 mars 2012 chute à 36,54% le 1er juillet de la même année ? L’on peut supposer que, dans la même logique du «dégagisme», le citoyen semble avoir dit : «L’essentiel, c’était de le faire partir.» Même si Macky Sall et sa coalition ont engrangé 53, 06% des suffrages et décroché leur majorité parlementaire.
En revanche, si la Coalition Sopi a obtenu 69, 21% et 131 sièges aux Législatives du 3 juin 2007, c’est parce que l’opposition dite significative (Ps, Afp, Ld/Mpt, Rewmi) regroupée au sein du Front siggil senegaal avait boycotté le scrutin à la suite du «coup KO» de Wade dès le premier tour.

hamath@lequotidien.sn
SOURCEPAR HAMATH KANE

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