Souleymane Jules Diop: «Il y a des gens qui ont objectivement des raisons de me combattre»

Share Button

L’OBS – Une année après sa première visite, Souleymane Jules Diop a escaladé, à nouveau, les marches de L’Observateur, pour faire le bilan. Son bilan. Dans cet entretien, le conseiller spécial du Président, chargé de communication revient sur son actualité du moment et son rôle à la Présidence.

Depuis une semaine un enregistrement qui vous est attribué et dans lequel vous vous attaquez à beaucoup de personnalités fait le tour de la toile et vous avez choisi ce moment pour rencontrer la presse. C’est une coïncidence plutôt troublante ?

Je ne veux même pas parler de cela, je ne suis pas venu pour cela.Mais il faut qu’on en parle parce que c’est votre actualité ?

Non, je ne veux pas du tout en parler, je suis venu pour échanger sur mon travail qui est une mission d’information et de communication sur l’institution présidentielle, et pas autre chose.

Oui, mais en tant que conseiller en communication du chef de l’Etat, comment vous appréciez ces éléments sonores qui circulent sur la toile et qui vous incriminent ?

Ce qui m’importe, c’est le travail que je fais, son amélioration, son utilité publique et le jugement de celui qui m’emploie. Il n’y a que cela qui compte pour moi et cette visite fait partie de ce travail et de cette quête d’amélioration.

Vous dites que vous ne voulez pas parler de cette affaire, mais pourtant vous avez posté un démenti sur votre page Facebook ?

Encore une fois, je ne suis pas venu pour parler de ces choses auxquelles je n’accorde aucune importance. Je suis là pour parler de l’actualité et des problèmes du pays. Je ne pense rien de cette affaire, je n’en penserai rien parce qu’il y a des gens qui sont dans leur position, qui ont la liberté de juger, et moi j’ai le devoir d’agir.

Est-ce que c’est réellement vous que l’on entend sur ces bandes sonores diffusées sur le net ?

Si vous avez vu ce que j’ai écrit sur Facebook qui est une page personnelle, j’y ai expliqué que tout ce qui a été dit relève d’un montage. C’est la même chose qu’il y a quelques semaines, quand les mêmes individus m’ont attribué un pseudonyme qui est Marvel, ensuite m’ont attribué un mail qui n’était pas de moi, contenant des attaques contre des tiers, et montent des sons pour me nuire. Je n’ai jamais caché mes opinions, je les ai toujours assumées. Et je ne pense pas que ce soit mon rôle, dans la position que j’occupe, de polémiquer, ce n’est pas ma vocation.

Vous dites que c’est un montage, on entend pourtant clairement votre voix dans l’enregistrement…

J’ai fait 1800 heures d’émission, 3000 heures d’entrevue, et avec du son, on peut faire ce qu’on veut. Avec la technologie, on peut compiler des sons, couper et coller des voix. Mais je répète que je ne suis pas là pour me justifier ou pour polémiquer sur quoi que ce soit. Les gens qui le font ont des objectifs précis, qui manifestement sont de créer la confusion dans la tête des gens et nuire au travail que je fais. Mais la seule question qui mérite à mon avis d’être posée, c’est ce qui regarde ma conscience, mon éthique, ma moralité, mon travail et la satisfaction de ceux qui comptent sur mon travail.

Avez-vous une idée de l’identité de ceux qui selon vous cherchent à vous nuire ?

Dans la position que j’occupe, il y a des gens qui ont objectivement des raisons de me combattre et même de me critiquer. Et parmi ces gens, il y en a qui utilisent des moyens pas du tout légaux ou licites.

Des gens comme Modibo Diagne, vous l’avez cité nommément sur votre page Facebook, qui est-il ?

Je ne suis pas là pour faire de la publicité à des gens.

Mais dites-nous qui est Modibo Diagne et pourquoi vous l’avez cité ?

Je ne veux pas parler des gens. Je ne souhaite pas ajouter de la polémique à la polémique.

Vous allez laisser donc cette affaire sans suite ?

Les suites que je vais donner à cette affaire, j’en jugerai plus tard. Mais il est clair qu’il y a, à mon avis, des choses à faire pour ce qui concerne internet, il y a énormément de choses à faire.

Mais pour quelle raison des gens s’acharneraient-ils de la sorte sur vous ?

Il faut peut-être le leur demander. Tout ce qui compte pour moi, c’est le jugement éthique et moral que je porte sur moi-même et sur mon travail. Je ne peux pas entrer dans la tête des gens pour connaître leurs motivations, et je veux m’élever à la hauteur de ma fonction et de ce qui m’a été imparti et donné comme responsabilités.

Parlons de vos fonctions, vous êtes dans la cellule de communication du Président depuis une année, qu’est-ce que vous avez apporté de nouveau ?

On a apporté un certain nombre d’innovations, d’abord en étant plus présent dans l’information et avec plus d’instantanéité. Nous avons aussi procédé à un réaménagement de nos services pour mieux appréhender la réalité médiatique du Sénégal et adapter nos actions, surtout dans nos relations avec la presse, en étant plus ouverts à la presse privée dans l’agenda officiel du chef de l’Etat. Nous avons essayé de faire des efforts pour répondre à une mission de service public. Le citoyen sénégalais a le droit de savoir ce que fait le Président, et le Président a aussi besoin de savoir ce que vivent les Sénégalais, et cela passe par la presse. Au-delà des renseignements qu’il reçoit, la presse est un des premiers outils d’information du chef de l’Etat, la presse joue un rôle très utile pour lui.

Est-ce que le Président tient compte des préoccupations de la population relayées par la presse ?

La fonction première du Président est une fonction de décision. Et le processus de décision est très important, et la fonction information et renseignement est décisive. Dans les décisions que le Président prend et les instructions qu’il donne, la presse y joue un rôle essentiel, fondamental. Le premier contact qu’il a avec les réalités sénégalaises, c’est à travers ce que la presse écrit et dit. Quand on parle de l’importance de la presse dans la démocratie, ce n’est pas seulement en termes d’épanouissement, c’est l’utilité à organiser l’espace public, l’espace de discussion, d’information, de façon que ne parviennent aux décideurs que les informations utiles, efficaces, et qui ont une portée d’intérêt général. C’est sur cette base que le Président prend des décisions et gouverne le pays. Quand la presse fait des investigations dans un domaine, le rôle du président de la République est de voir pourquoi il y a des problèmes. C’est ainsi que parfois les révélations de la presse ont conduit à la création de commissions d’enquête par exemple. La presse est un instrument de gouvernance.

Qu’est-ce qui explique alors que la presse a des difficultés pour avoir accès à lui, on se rabat souvent sur des interviews qu’il accorde à la presse étrangère ?

La dernière fois qu’il s’est adressé à la presse remonte à moins d’un an. Quand nous sommes venus, parmi les décisions qui ont été validées, il y a le principe d’organiser deux fois dans l’année une conférence de presse, et quatre rencontres avec la presse dans l’année. Il s’agit de la cérémonie de présentation des vœux à la presse, du dîner annuel de la presse que nous avons institutionnalisé, et deux conférences de presse. Mais je suis d’accord et j’accepte la critique quand vous dites que le Président parle rarement à la presse nationale, mais c’est lié à son agenda international qui est incompressible et c’est souvent à ces occasions-là qu’il est saisi à sa sortie des rencontres officielles par la presse internationale. Je pense comme vous qu’il y a des efforts à faire et qu’il pourrait parler davantage à la presse nationale. Mais il faut comprendre la difficulté que nous avons à faire le choix entre 200 médias et ne frustrer personne. Pour ne pas frustrer certains en accordant des interviews à d’autres, nous avons dans l’idée d’organiser des conférences publiques et ainsi, tous les journalistes qui le souhaitent auront la possibilité d’intervenir. C’est arrivé lors du dernier dîner avec la presse et lors de la présentation des vœux des hommes de média au président de la République.

Dernièrement, le président de la République a été victime de critiques de la part de l’ancien Président Abdoulaye Wade et d’Idrissa Seck. Il a choisi de ne pas répondre. Est-ce une consigne de la cellule de communication ou une initiative personnelle ?

C’est une posture digne de son rang. Il est le président de la République. Sa vocation première, ce n’est pas de se mettre à répondre à des critiques et de ne pas se mettre dans l’ordre du parler, de l’invective, mais plutôt de se mettre dans l’action. Les explications qu’il a à donner doivent porter sur les interpellations des Sénégalais concernant leur vécu, leurs priorités et leurs besoins. Je trouve bien advenu qu’il refuse de se laisser soumettre à un agenda de polémiques et de politique politicienne stériles qui n’avancent en rien les Sénégalais. Et quand il a fallu communiquer, il l’a fait à travers l’action, les inaugurations et les descentes sur le terrain. Je trouve que c’est une façon bien efficace de communiquer.

Cette façon de faire, était-ce une consigne de sa cellule de communication ?

Le président de la République décide seul de ce qu’il doit faire, de la position et de l’attitude à adopter. Notre rôle c’est de le conseiller, c’est de lui dire ce que nous pensons utile et bien pour le pays. La décision qu’il prend par rapport à une situation lui revient totalement.

Vous aviez été auparavant très critique envers le président de la République Macky Sall et aujourd’hui, vous travaillez avec lui. N’est-ce pas un peu gênant ?

Macky Sall me connaît depuis plus de 20 ans. De tous les gens qui parlent de moi, il est sans doute celui qui me connaît le mieux. Il ne parle pas de ce qui nous lie, je n’en parle pas non plus. Il sait ce qui me lie à lui. Je suis en phase avec lui et c’est un grand honneur de travailler avec lui. Pendant toute cette période d’opposant où j’avais été loin du pays, j’étais aussi son conseiller. Mon rôle de critique, il faut l’inscrire dans un cadre normal d’une forme de combat militant citoyen et parfois d’opposition que j’exerçais. A un moment donné, il était dans le Pds et moi de l’autre côté et je trouve tout à son honneur s’il a pu dépasser cela en comprenant que c’était lié à une situation dans laquelle chacun exerçait sa liberté et des choix. Il m’a appelé à venir travailler à ses côtés pour changer le Sénégal. S’il a pu s’élever à cette hauteur, c’est qu’il est devenu le Président de tous les Sénégalais.

Est-ce que vous continuez à exercer ce rôle critique que vous incarniez du temps où vous étiez dans l’opposition ?

Je pense qu’il apprécie chez moi la liberté que j’ai de lui dire exactement ce que je trouve être bien pour lui et pour le pays. Je pense qu’il apprécie cela et c’est une des raisons pour lesquelles je suis avec lui. Il a une grande capacité d’écoute. Nous ne sommes pas dans le reniement, nous avons parfois des opinions diverses mais, nous avons partagé un combat commun qui était un combat pour le changement au Sénégal. Tout ce que nous faisons n’est pas parfait, il y a des choses à dire.

Ne regrettez-vous pas les propos acerbes que vous aviez tenus contre lui ?

L’isolement, l’éloignement et la difficulté à avoir un regard plus direct sur la réalité peuvent parfois t’amener à des prismes déformants.

Vous étiez dans ce cas ?

J’ai dit que cela peut arriver. Dans tout ce que j’ai dit, tout n’est pas parfait et il peut m’arriver de m’être trompé. Il m’est arrivé de faire des erreurs. Globalement, je suis fier de ce que j’ai fait et du combat que j’ai mené. Je sais ce que cela m’a coûté comme sacrifice et renoncement. Il m’est arrivé de prendre des coups, de verser du sang, mais j’étais convaincu que c’est ce qui était bien pour mon pays. Je marche dans ce pays, la tête haute. J’ai vu célébrer des violeurs, des criminels. Je ne suis pas de ceux-là. Et j’essaie d’avoir tous les jours une conduite morale qui m’honore malgré mes imperfections et mes erreurs. Je m’inscris dans un ordre de sincérité et de bonne foi. Les combats que j’ai menés, peu de gens seraient portés à le faire.

On vous prête aussi des relations heurtées avec les familles religieuses…

Quand les gens se sont mis à polémiquer sur mes relations avec Tivaouane et que je suis revenu au Sénégal, le premier à m’accueillir et à me recevoir fut feu Serigne Mansour Sy. Il a salué mon combat et m’a donné comme injonction d’aller travailler avec le Président Macky Sall. Il a dit cela en présence de Pape Ngagne Ndiaye, de son fils Djamil et d’une de mes tantes. Il était malade, mais il m’a reçu dans sa demeure des Almadies, m’a offert de l’argent et m’a demandé de me raser la tête. C’est pour lui que je me suis coupé les cheveux. J’ai les mêmes relations avec Cheikh Abdou Aziz Sy Al Amine. Je l’ai accueilli au Maroc et nous avons beaucoup discuté. Il a formulé des prières pour moi. Je suis en contact direct avec lui. Son fils est mon ami. J’ai les mêmes relations avec la famille de Cheikh Ahmed Tidjani Al Makhtoum. Certains me disent que je parle comme lui et il me considère comme un fils. Al Amine ne cesse de formuler des prières pour moi et il était le premier à demander à mes détracteurs de me laisse en paix. Je suis un talibé de Darou Mouhty. Je vais aller chez Serigne Cheikh Khadim Mbacké ce week-end. J’ai les mêmes relations avec tout le monde. J’ai les meilleures relations avec Touba. Les derniers jours que j’ai passés au Sénégal, je les ai passés dans la cour de feu Serigne Saliou.

Vous dites entretenir de bonnes relations avec les familles religieuses. Qu’en est-il de vos relations avec Serigne Modou Kara ?

Vous en aurez bientôt une preuve éloquente. Nous allons bientôt avoir l’occasion de dire ce qui nous lie. C’est quelqu’un qui m’a toujours exprimé sa sympathie et son estime depuis mon plus jeune âge. Il me considère comme son petit frère. Le jeudi qui a précédé l’élection présidentielle de 2012, j’ai échangé pendant 4 heures avec Serigne Modou Kara. Les gens cherchent à faire du mal et à créer du désordre. Je me tais parce que je n’ai pas besoin d’ajouter de la polémique à la polémique. Il me tient dans une haute estime. Kara est un homme de dépassement, il est très moderne. Quand les bandes sonores m’attribuant des critiques le concernant ont été mises sur la place publique, il a dit : «Moi, je sais l’usage qu’on peut faire avec la technologie, je ne peux pas céder comme cela à des pratiques pareilles.» Encore une fois, je ne suis pas là pour me justifier. Ce n’est pas mon rôle.

ADAMA DIENG & NDEYE FATOU SECK
LOBSERVATEUR

PARTAGER

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here