Tunisie : « Le processus démocratique est menacé », selon le président Béji Caïd Essebsi

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Le président Béji Caïd Essebsi chante l’hymne tunisien après son discours sur la situation générale du pays, le 10 mai à Tunis.

Élections, sécurité, économie… Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, s’est exprimé mercredi 10 mai sur la situation générale du pays. Une intervention très attendue qui a finalement déçu un grand nombre, notamment sur les réseaux sociaux. Voici ce qu’il fallait en retenir.

Son discours, dont la teneur avait été gardée secrète et faisait donc l’objet de nombreuses spéculations, s’est tenu à 11h (heure locale) au Palais des Congrès, en présence du chef du gouvernement et de ses ministres, de journalistes, de députés et de personnalités tunisiennes telles que Nabil Karoui, Hafedh Caïd Essebsi, Rached Ghannouchi ou encore Mohamed Ennaceur.

Cette allocution présidentielle intervient alors que la grogne sociale enfle dans le pays (notamment à Tataouine), à quelques jours d’un remaniement ministériel et au lendemain de la démission surprise du président de l’instance électorale (Isie), Chafik Sarsar – présent au Palais des Congrès -, et de deux autres de ses membres.

Des tensions et une situation que Béji Caïd Essebsi a passé en revue, appelant à résoudre les problèmes « par le dialogue et le consensus » et à avancer « ensemble main dans la main ».

  • Le processus démocratique en péril :

« Le processus démocratique est menacé aujourd’hui », a déclaré le président de la République, affirmant néanmoins que les élections municipales se dérouleront bien suivant le calendrier fixé. « Le chemin vers la démocratie ne se déroule pas toujours comme prévu » mais le pays ne reviendra pas à la dictature, a-t-il ajouté.

Arrêtez de nous mettre des bâtons dans les roues

Il a également souligné que depuis la révolution tunisienne, des partis politiques ont disparus, d’autres ont été créés, mais qu’il est important pour tout le monde de « respecter les règles du jeu démocratique ». Et à ceux qui appellent à la démission du gouvernement, à la tenue d’élections législatives anticipées et à la fin de l’Accord de Carthage, « ne comptez pas sur moi ! » a-t-il répliqué. « Arrêtez de nous mettre des bâtons dans les roues. Soutenez et respectez-nous », a-t-il lancé à ses détracteurs.

  • Sur la démission des membre de l’Isie :

Béji Caïd Essebsi a confié que Chafik Sarsar l’avait appelé la veille pour lui faire part de sa démission. « Je lui ai demandé pourquoi il ne m’en avait pas parlé avant, et je lui ai dit que je l’avais appris par les médias. (…) Je lui ai dit ‘peu importe tes problèmes, l’intérêt du pays doit passer avant tout’. »

  • L’armée pour protéger les sites des production : 

« Dorénavant, l’armée protégera les sites de production » des mouvements sociaux pouvant entraver leur exploitation, a annoncé le président. « Nous savons qu’il s’agit d’une décision grave, mais elle doit être prise. »

Affirmant respecter le droit de grève, consacré par la Constitution tunisienne, il a précisé néanmoins que les manifestations ne doivent pas « affecter l’économie du pays. » Citant le juriste français Marcel Planiol, il a rappelé que « le droit cesse où l’abus commence ». « Lorsque [les manifestants] se mettent en colère, ils bloquent la route. Mais la route appartient à tout le monde et l’État doit donc remédier à cela. » Désormais, « les routes ne seront plus bloquées grâce à l’intervention de l’armée. »

Évoquant l’industrie du phosphate dans le bassin minier de Gafsa, « à l’arrêt pendant cinq ans », il a expliqué qu’il revenait à l’État de « protéger les ressources du peuple tunisien. » Parmi ces ressources, « le phosphate, le pétrole, (…) l’agriculture », ou encore « l’huile d’olive. »

  • Sur le  projet de loi sur la réconciliation économique et financière :

Faisant référence au projet de loi sur la réconciliation économique et financière, contesté par la société civile, Béji Caïd Essebsi a expliqué la nécessité de « trouver une solution » pour les hommes d’affaires et fonctionnaires concernés afin d’ « encourager les investissements » et « débloquer l’administration » tunisienne. « Tant qu’ils n’ont pas volé, qu’ils n’ont fait que suivre les ordres, il ne faut pas les punir », a-t-il déclaré.

  • Une situation économique pas si mauvaise :

« Nous constatons des indicateurs économiques positifs. Certains se plaignent mais tout ne va pas si mal », a voulu rassurer le président. Selon lui, la production de phosphate a par exemple augmenté de 45% et les « les touristes reviennent. » L’État doit aussi poursuivre ses efforts pour attirer les investissements.

  •  Terrorisme :

« Nous menons une guerre contre le terrorisme ! Car oui, le terrorisme est encore là », a-t-il déclaré, annonçant une « restructuration » du ministère de l’Intérieur. « Les forces de sécurités sont fatiguées », a-t-il reconnu.

Le président a terminé son discours en annonçant que « de grands projets seront lancés », mais à condition que la situation se calme, appelant les médias ainsi que tous les « fils et filles de la Tunisie » à « aider à améliorer l’image du pays ».

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