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Le budget de 23 milliards de francs Cfa du Ministère de l’Elevage et des Productions animales a été jugé insuffisant par certains députés de l’opposition. Selon eux, cette modique somme prouve à suffisance que l’Etat n’a aucune vision pour développer l’élevage du pays, qui est encore un élevage de survie.

Ainsi, pour la députée Aïssatou Mbodji, le secteur souffre d’un manque criard d’accompagnement. Malgré l’importance de ce sous-secteur qui constitue la deuxième activité du secteur agricole. Ledit secteur, évoque-t-elle, produit 35% du Produit intérieur brut du secteur primaire et 4,8% du Produit intérieur brut total.

« Le manque d’encadrement est le principal obstacle au développement du secteur en particulier et l’insuffisance du personnel technique pour lutter efficacement contre les épidémies. Il s’y ajoute le manque d’aliment de bétail, surtout en saison sèche avec l’insuffisance du tapis herbacé. Le vol de bétail et la difficulté d’accéder aux crédits sont également des problèmes, auxquels nos éleveurs sont encore confrontés », a-t-elle évoqué.

D’après elle, ces difficultés freinent de manière significative le développement de l’élevage dans le pays, tout en regrettant le fait qu’à chaque Tabaski, le Sénégal fait régulièrement, recours au Mali et, à la Mauritanie pour combler son déficit en mouton. Et pourtant, explique-t-elle, le pays partage le même environnement climatique. « Dans certaines zones, le Sénégal est avantagé au plan géophysique. Ces importations en moutons constituent une sorte de devises énorme, qui aurait pu profiter à notre propre population », précise-t-elle.

Au même moment, le député Ousmane Sonko reste d’avis que le pays a toujours, un élevage de survie et non d’émergence comme promis par les tenants du pouvoir. Et, il a rappelé au Ministre de l’Elevage, Aminata Mbengue Ndiaye que dans le cadre du Pse, les objectifs déclinés étaient le développement accéléré des filières-clé, notamment bétail, viande, lait, cuir et peau, et aviculture.

Tout devrait, estime-t-il, s’appuyer sur le renforcement des infrastructures de transformation, de conservation et de commercialisation de la production animale avec une meilleure intégration de la filière industrielle, une meilleure structuration des segments industriels et familiaux, des filières laits local, bétail. Mais aussi, une valorisation accrue des produits par l’érection des pôles industriels intégrés.

Il regrette l’absence de lien et d’orientation pour passer de l’élevage à l’industrie. « On est encore dans un élevage pratiquement de survie pour réduire la pauvreté, réaliser la sécurité alimentaire. Cela ne nous surprend pas, si l’on regarde le budget qui est alloué à l’élevage. 23 milliards de francs Cfa, c’est l’équivalent du marché le plus petit du Ter. Si l’on examine l’ensemble des programmes phares que vous avez, ils ne font pas 60 millions sur cinq ans, c’est-à-dire un peu plus de 10 milliards de francs Cfa pour atteindre ces objectifs. Vous ne pourrez jamais atteindre un élevage d’émergence avec des orientations aussi faibles. Et, cela traduit une erreur totale sur les objectifs du pays au niveau de l’élevage et l’agriculture », a-t-il déploré.

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, le leader du Pastef estime que dans ce pays, les dirigeants se focalisent sur des réalisations pharaoniques qui ne sont absolument pas des priorités et qui ne structurent pas une économie de développement. Suffisant pour lui, de soutenir que c’est la vision de l’Etat et les moyens engagés, qui posent problème.

Explosion de l’importation des produits laitiers

Le recours à l’importation des produits animaliers crèvent les caisses de l’Etat. Le Sénégal décaisse près de 60 milliards pour satisfaire le besoin des populations en produits laitiers. Sur ce, le président du groupe parlementaire, « Démocratie et liberté », Madické Niang constate qu’il y a beaucoup de manquements dans le secteur de l’élevage. D’après lui, l’objectif numéro un du Ministère devrait être de régler le problème d’autosuffisance en moutons et celui de la consommation des produits laitiers.

« Le déficit est énorme. Dans la balance de paiement, nous dépensons près de 50 milliards pour acheter du lait. Nous ne couvrons que 10% de nos besoins. Si nous avons arrêté l’importation et que nous ne couvrons pas nos besoins, cela se répercute sur le prix de la viande. C’est la réalité que vivons. Les œufs et la viande deviennent de plus en plus chers, parce qu’il n’y a pas une autre offre. Si nos poulets étaient largement suffisants, cela pourrait influer sur le prix de la viande», espère-t-il. Madické Niang a aussi invité l’Etat à engager une politique d’encadrement et d’incitation.

Le député, Mamadou Diop Decroix signale que les importations des produits laitiers ont augmenté de 60 milliards de francs Cfa. « On a réservé à l’agriculture 7,5% du budget et l’élevage 0,6% du budget. Il n’y a pas de politique d’aliment de bétail et de recherche dans ce domaine. Ce n’est pas le problème de compétence. Mais un problème d’orientation et de vision. On ne s’en sortira pas, parce que le secteur primaire n’a pas le poids qu’il faut dans la vision, s’il y a vision. Il n’y en a pas d’ailleurs », insiste-t-il.

Le ministre de l’Elevage, Aminata Mbengue Ndiaye a indiqué dans sa réplique, que ses services ne pensent pas seulement, aux moutons qu’à l’approche de la Tabaski. Elle fait remarquer que la consommation de viande de moutons est très forte. « L’élevage sénégalais a toujours été un élevage de subsistance. Mais, il faut reconnaître que des efforts ont été faits », se défend le Ministre de l’Elevage.

O WADE Leral 

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